Paul-André Proulx

Littérature Québecoises
Michaud, Josélito.

Dans mes yeux à moi
. Éd. Libre Expression, 2011, 280 p.

La Tournée des familles d'accueil

Sans s'adonner entièrement à l'autofiction, l'auteur raconte l'enfance d'Olivier, un garçon de cinq ans abandonné de ses parents comme lui-même le fut au même âge. Quand on n'est pas adopté, c'est le début de la visite des familles d'accueil. De l'Abitibi à l'Île d'Orléans via Cap d'Espoir en Gaspésie, la tournée ne s'inspire pas du tourisme. Les paradis où se retrouve Olivier se transforment souvent en cauchemars quand la violence est l'ordre prescrit en éducation. La peur s'instille ainsi dans son esprit. Et le silence assure sa résilience dans l'adversité. C'est le cercle vicieux de la dépréciation qui s'en suit. Dans ce contexte, l'atteinte de l'âge de la maturité devient une obsession.

La trame déborde amplement les événements. Elle infiltre l'âme du garçonnet pour traduire sa sensibilité à fleur de peau. Heureusement, sa grand-mère lui donne le courage d'affronter l'enfer de son enfance. Objectif atteint quand se manifeste sa mère biologique. Alors, dit-il, comme le titre de l'œuvre, " dans mes yeux à moi, la vie apparaissait sous un jour nouveau ".

L'auteur profite de sa biographie fictive pour souligner les conditions féminines, qui prévalaient dans le Québec de la religiosité des années 1950. On ostracisait les femmes qui enfantaient en dehors des liens du mariage. Comme Éva, sa mère naturelle, elles héritaient de la honte que certaines tentaient de purger par une piété exemplaire pour obtenir le pardon divin.

Ce roman populaire a le mérite d'être bien ficelé. L'écriture, sans être distinctive, coule de source. Et les rebondissements judicieux ajoutent à l'intérêt que la population porte à la vie privée des vedettes. Le même phénomène s'est produit avec Lise Dion quand elle a écrit Le Coffret bleu. C'est bien fait, mais fort peu prégnant en littérature.