Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Tremblay, Alain-Ulysse.

La Vie d’Elvis
. Éd. Coups de tête, 2008, 102 p.

Le Bonheur est dans la sauce

Sentant sa fin prochaine à l’approche de ses 60 ans, Elvis s’établit en Gaspésie d’où il contemple les goélands, qui faufilent l’horizon en quête d’un moustique téméraire. Les ayant toujours haïs, il éprouve maintenant de la sympathie pour ces « mange-marde, comme il les surnomme.

Homme aux 36 métiers et 36 misères, il a quitté le toit familial pour qu’il y ait une bouche de moins à nourrir. Trimbalant la valise maganée hérité de son père, il a bourlingué une grande partie de son existence avant de s’installer à Montréal. Il a ainsi usé ses semelles comme marin, concierge, roadie d’un band rock et surtout cuisinier. C’est en travaillant dans une gargote qu’il a appris à concocter une sauce à hamburger, qui faisait accourir tous les Malbaiens de sa ville natale. Il était loin de se douter que cette recette ferait son bonheur ainsi que celui du patron du boui-boui de la Main montréalaise où il travailla.

Alain-Ulysse Tremblay s’est penché avec beaucoup de compassion sur le sort d’un homme zen en évitant d’en faire le héraut d’un monde nouveau. Ça repose du héros narcissique qui se conduit comme le porte- étendard d’une nouvelle génération. Elvis partage plutôt le lot de tout Québécois issu de milieux modestes. Hormis sa ration de produits dopants, sa quête de bonheur l’amène à fouler plutôt le plancher des vaches que le tapis rouge.

En somme, le roman dépeint un personnage sympathique pour la simplicité de ses sentiments. Dommage que l’auteur ait cru bon de recourir au langage vernaculaire pour nous offrir ce tableau ! Ce populisme ne rapproche pas davantage le héros de ceux qui se débattent dans les rets du modernisme. Ce bémol se joint à la politique de l’éditeur, qui préconise des œuvres expéditives pour favoriser la lecture. Ne pas rassasier le lecteur peut avoir l’effet pervers de l’en détourner.