Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Labrèche, Marie-Sissi.

La Vie sur Mars. Éd. Leméac, 2014, 164 p.

En passant par la Lorraine

En passant pat la Lorraine, on risque d'y perdre la vie, du moins à Raon-L'Étape. C'est ce qui arrive à Fédora, une Québécoise mariée à un Français. On la retrouve morte sur le plancher de la maison que son beau-père a léguée à son fils Christian, un astronaute qui se prépare à se rendre sur Mars. Leur fils Neil, un Montréalais accro aux anxiolytiques, s'emmène en France pour s'enquérir d'un legs riche en vieilleries, offertes par un grand-père porté sur le bric-à-brac vieillot.

Le décès de sa mère, une écrivaine renommée, lui fournit l'occasion de mieux la connaître en lisant son dernier manuscrit qu'elle a déposé sur une table avant de décéder. La cause de sa mort importe peu aux yeux du fils. Entre ses activités pour régler la succession, il se lance dans la lecture des feuillets écrits par sa génitrice, dévastée par la vie qu'elle mène en France. Sous forme de journal, l'œuvre lui révèle l'histoire de sa famille à partir de sa conception jusqu'au départ de son père pour Mars. Il découvre surtout les ressentiments de sa mère à l'égard d'un mari qui fuit ses responsabilités, d'un beau-père envahissant qui sent l'ail et de Raonnais condescendants. Le choc culturel est brutal. La mentalité ouverte de la Québécoise s'est heurtée à celle d'un peuple empâté dans ses traditions séculaires.

Les lecteurs éprouveront beaucoup d'empathie pour Fédora. Mais il n'en est pas de même pour le fils. Elle a détruit l'image favorable que Neil avait de son père, un homme voué à l'aérospatiale. Un père absent, mais tout de même un icône pour lui, surtout quand on porte le prénom du premier cosmonaute qui a marché sur la lune. Pour se débarrasser du pattern qui le fragilise dorénavant, il ne lui reste qu'un moyen : purifier le passé qu'on vient de discréditer à ses yeux et tenter de reconstruire sa vie à l'abri des relations malsaines et des assuétudes qui l'emprisonnent.

Ce roman se juche dans le créneau des relations familiales. Mais l'auteure a voulu renouveler le genre en lui donnant un petit air moderne. Elle a situé son œuvre en 2035 alors que l'on aura peut-être réussi à établir une station spatiale sur Mars. Marie-Sissi Labrèche a reconnu en entrevue que La Vie sur Mars se classe difficilement dans la catégorie de la science-fiction. Elle s'est plutôt attachée à décrire ce qui empêche les relations d'être harmonieuses. Son roman est loin d'être sinistre. Il a été écrit avec un sourire en coin. L'écriture parfois lyrique se déploie sous une structure qui soutient tantôt les réactions de Neil et tantôt les pages en italique du manuscrit de sa mère. C'est bien, mais on en gardera un souvenir fugace.