Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Séguin, Benoît .


La Voix du maître.
Éd. Hurtubise, 2009, 305 p.

L’Enseignement collégial

Un enseignant du collégial est devenu aphone après un cancer du larynx. Grâce à des ententes entre la direction et le syndicat, Normand Mailhot continue d’exercer sa profession dans le sous-sol du cégep (lycée).

Les rétroprojecteurs deviennent la voix du maître. Et quel maître ! Il enseigne la littérature à des élèves, qui se retrouvent deux fois par semaine dans l’ombre d’un quasi-monastère, dont le silence n’est rompu que par des chants grégoriens. Recréant l’atmosphère de l’enseignement de la scolastique au Moyen Âge, il fait revivre à ses élèves les désarrois de Saint-Exupéry à travers Pilote de guerre, un roman écrit pour encourager son pays à se tirer des griffes du mal que représentait l’envahisseur nazi. Bref, Saint-Exupéry a combattu le fascisme avec son avion et une plume aucunement entachée de mièvrerie, comme le laisse croire Le Petit Prince lu avec une intonation sirupeuse par Gérard Philippe.

L’enseignant transpose cette dynamique à ses élèves pour qu’ils chassent le mal qui les taraude et, en particulier, à Stéphanie, une collégienne manipulée par sa mère. Il entraîne également Simon dans ce sillage, un jeune chargé de cours, qui partage son sanctuaire. Le soir, grâce à MSN, ils échangent leurs points de vue alors que Normand Malhot en profite pour forger son collègue dans le creuset de l’authenticité, la clé de tout succès que repousse une pédagogie prétentieuse, tournée vers le « s’éduquant » qu'elle lance dans la gestion personnelle autant des savoirs transversaux que ceux du magister. Tout comme Stéphanie, Simon se libère enfin d’un passé paralysant pour se tourner vers l’action à l’instar de Saint-Exupéry.

Benoît Séguin s’adresse, avec une plume vivante, à des novices qui s’initient aux textes fondateurs de notre culture, mais il se laisse souvent guider par l’a priori, en particulier lorsqu’il exploite la fastidieuse accusation freudienne, qui tient les parents responsables des maux de l’âme. Monique LaRue a abordé le même sujet, dans La Gloire de Cassiodore, avec une perspicacité qui transcende les lieux communs et la vision romantique d’un enseignement dispensé sous une lumière tamisée.