Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Proulx, Monique.

Le Cœur est un muscle involontaire. Éd. du Boréal, 2002, 400 p.

La Découverte du père grâce à la littérature

Ce roman est une réussite. Sa force, c'est le traitement original donné au sujet, qui ne se révèle d'ailleurs qu'à la fin du roman. De prime abord, on pourrait penser qu'il s'agit d'une femme ayant reçu le mission de son employeur de trouver un écrivain qui se terre pour protéger son authenticité, comme c'est le cas pour Réjean Ducharme.

 

À la manière d'un détective, Florence, la jeune employée, part à la recherche de Pierre Laliberté, l'écrivain mystérieux, en suivant des pistes plus ou moins prometteuses. Quand elle le trouve, sa rencontre n'est pas sans conséquences. Elle en devient obsédée. Elle lit ses oeuvres, elle boit ses paroles. Bref, c'est l'homme idéal. Mais à son insu, cet écrivain va parfaire son éducation. Il va lui inculquer ce qui est important dans la vie en la détournant de son beau nombril pour l'orienter vers la souffrance d'autrui qui nous unit tous sur terre. Pour atteindre son objectif, il va lui offrir un chien en cadeau afin qu'elle apprenne le détachement et réalise sa nécessité pour les autres. Un chien, c'est accaparant, même s'il est notre meilleur ami. Petit à petit, Florence apprend à se rendre plus libre, à voir les enjeux importants de sa vie comme l'amour secret envers son patron, mais surtout à découvrir le lien qui l'unit à son père. Enfin, elle trouve les amarres sans lesquelles la vie n'est qu'une quête de produits dérivés.

Monique Proulx ne s'inspire pas seulement de la dérobade de Ducharme aux faiseurs d'images, elle rend aussi son univers littéraire. On trouve dans son roman cette soif d'absolu et de vérité qui caractérise les héros de Gros Mots et de L'Hiver de force. Elle emprunte même les préférences de Ducharme pour la campagne et l'alcool, voire même la vieille bagnole du héros de Gros Mots. Et comme lui, elle se laisse aller à l'humour. Alors là, il faut dire qu'elle dame le pion au maître. Jamais auteur n'aura reçu un tel hommage de la part de l'un de ses pairs. Ce roman n'en est pas pour le moins personnel. Monique Proulx jongle comme une magicienne avec ses mouchoirs. Elle sort des éléments épars qui, à la fin, sont tous noués. Son roman forme une boucle. Ça commence avec la mort du père, et on y revient pour montrer qu'il va continuer à vivre à travers sa fille.

Bref, ce roman magnifique présente une jeune femme mise sur les rails par un écrivain. Grâce à lui, elle découvre son " pepa " dont la dernière phrase avant de mourir, celle du titre, s'est retrouvée dans l'œuvre de ce mystérieux écrivain. La mystification est l'une des caractéristiques de l'œuvre ducharmienne. Le plus intéressant, c'est que Monique Proulx s'est servie des manies et de l'univers ducharmiens pour aborder le problème de l'identité, auquel sont confrontés l'héroïne et son patron.