Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Martin, Patrice.

Le Chapeau de Kafka.
Éd. XYZ, 2008, 138 p.

Hommage à Kafka

Vénéré pour avoir dénoncé l’aliénation sous toutes ses formes, Franz Kafka a inspiré de nombreux écrivains, qui lui ont emboîté le pas pour stigmatiser la routine en amour (Tarquimpol de Serge Lamothe) ou la bureaucratie en ce qui concerne le roman de Patrice Martin. À l’instar de Kafka Kalmar de Benoît Dutrizac, il s’en prend, sans la violence de ce dernier, à tous les intégristes de la gestion technologique.

Puis, le héros, expérimente à ses dépens les bavures de la bureaucratisation alors qu’il est coincé dans un ascenseur en panne du Old Port, un gratte-ciel new-yorkais, où il se rend pour récupérer le célèbre melon de Kafka que son patron s’est procuré dans une enchère. Cet incident lance des péripéties qui poussent P. jusqu’au Vermont avec la femme prisonnière comme lui de l’ascenseur. Avant d’atteindre leur destination, ils devront affronter un interrogatoire policier à cause de l’incendie déclenché dans l’immeuble.

Ce premier volet est suivi de l’histoire de Max, un Québécois, qui se rend à New York en traversant lui aussi le Vermont pour faire lire son manuscrit à Paul Aulster. Cet État sert de lien au tissage de la double trame, qui laisse entendre que ce dernier serait le frère siamois de P., lequel aurait trouvé le dit manuscrit au Old Port de New York. Coïncidence curieuse d’autant plus que Max croise en cours de route une berline transportant Kafka et Borgès à qui Calvino raconte l’histoire que le lecteur est en train de parcourir.

Cet embrouillamini confère un caractère fantastique à un pastiche curieux, qui honore la littérature en moquant la gestion soi-disant efficace découlant de l’application de la science informatique. L’écriture emprunte même la langue inexpressive de la technologie avec un humour qui ravira le lecteur intéressé aux règles de l’art romanesque. Généralement, c’est dans une ambiance austère que les héros, des professeurs, tentent de faire partager leur amour de la littérature à leurs étudiants (La Gloire de Cassiodore de Monique La Rue ou Entheos de Julie Gravel). À travers un certain ludisme, Patrice Martin dénonce, à la manière floue de Kafka, le diable qui s’habille en Prada dans l’univers du vedettariat et de la bureautique. Bref, ce roman apparaît, en bout de ligne, comme un simple exercice littéraire pour divertir un lectorat très scolarisé.