Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Lemay, Grégory.

Le Cœur des cobayes. Éd. Héliotrope, 2016, 102 p.

Cobayes en pharmacologie
Les pensionnaires des Collèges classiques se racontent de bons souvenirs quand ils se rencontrent pendant les conventums. Ils se souviennent avec plaisir des mauvais coups qui ont épaté la confrérie, mais ils oublient volontairement les affres subis de la part des mauvais plaisantins ou des ravages affectifs dont certains religieux se sont rendus coupables. Le roman de Grégory Lemay ne se classe pas au rang de cette thématique, mais s'en approche en réunissant des cobayes dans une clinique vouée à l'expérimentation d'un produit pharmaceutique, un médicament à base d'oxycodone.


Tous sont consentants à vivre dans un univers clos en échange d'un " triangle de papier " qui les enrichira de 1500 dollars. Tous doivent être sur le qui-vive pour participer aux activités cliniques du centre. Prises de sang à toute heure du jour, collations obligatoires à la cantine, repas extrêmes que l'estomac se doit de digérer sans inconvénients pour ne pas être rayés de la liste des cobayes, anonymat pour éviter les rapprochements. Ce n'est pas la vie d'hôtel. Ils vivent la plupart du temps écartelés sur une civière. On se sent bien seul dans cet univers presque carcéral où l'on est désigné par un numéro.

Le héros porte le 25 et Linda, le 24. Il est bien heureux de la suivre sur la liste. D'autres joyeux lurons les accompagnent pour ces traitements aptes à procurer le bonheur en paroles. Il y a le petit comique du groupe, une mère et sa fille qui forment un duo fusionnel, etc. Ces reclus, sous l'emprise de médicaments hallucinogènes, dégagent une candeur qui attriste plutôt le lecteur. Ils mènent une existence qui rappelle l'esclavage des Africains dans les plantations de colons aux États-Unis et ailleurs.

Ce canevas porte un message de libération de nos sociétés qui trament l'acquisition de la richesse sur le dos du pauvre monde. Le numéro 25 l'a bien compris en se liant avec le numéro 24. Est-elle un fantasme ou une réalité ? Peu importe. C'est l'amour qui sauvera le monde. Mais pour s'y faire il faut oser sauter en bas de la fenêtre comme dans Vol au-dessus d'un nid de coucou. Autrement dit, il ne faut pas s'attacher à ses malheurs comme on le constate parfois. Que de fois, entend-on en guise de résignation : " Que voulez-vous, c'est la vie. "

Grégory Lemay a concocté un roman hallucinatoire. Dans le genre, c'est réussi. Mais il faut aimer l'art du conte pour l'apprécier.