Paul-André Proulx



Littérature Québecoises

 

Yergeau, Pierre

L'Écrivain public. Éd. L'Instant même, 1996, 248 p.

Des orphelins dans un camp de bûcherons de l'Abitibi

Avec L'Écrivain public, Yergeau s'est tourné vers sa patrie d'origine, l'Abitibi des années 1930. Au lieu d'écrire une saga, il a limité son sujet à des personnages significatifs que l'on ne pouvait ne pas rencontrer à l'époque, soit les travailleurs forestiers et le clergé.

L'auteur nous emmène dans un camp de bûcherons, où vivent aussi trois orphelins de père, élevés par une grand'mère qui est la cuisinière. Quant à la mère des enfants, elle est partie refaire sa vie sans laisser d'adresse. Ce roman présente leur univers avec humour. On sourira quand on verra l'aïeule coucher la benjamine dans une énorme marmite suspendue au plafond. Derrière ce joyeux tableau se profile la société québécoise. L'aîné quittera le camp pour les États-Unis, se joignant à l'exode des Québécois qui fuient la crise économique. Un prêtre s'occupera de l'instruction de son frère Jérémie, un garçon plus intellectuel, pour en faire finalement son secrétaire à Amos.

L'auteur se sert de cette relation d'un prêtre et d'un adolescent pour souligner de façon loufoque l'immense pouvoir du clergé. L'exemple emprunté au moyen âge est éloquent quand tous les deux parcourent le diocèse pour vendre des indulgences à un peuple de soumis, qui en achète comme des petits pains chauds. Ce travail n'attirera pas Jérémie vers la prêtrise, mais vers l'écriture. Il deviendra un écrivain public pour satisfaire les besoins des nombreux analphabètes du Québec d'alors.

Cette oeuvre sur l'Abitibi est intéressante, bien écrite et d'un humour fin. Elle souligne avec justesse une période du Québec qui a ouvert, au reste de la population, une région jusque-là négligée à cause de sa froidure.