Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Dionne, Germaine.

Le Fils de Jimi. Éd. du Boréal, 2002, 139 p.

Mère monoparentale de 17 ans

À 50 ans, Germaine Dionne s'est offert un premier roman. L'héroïne est une jeune femme de 17 ans, devenue enceinte lors d'une surprise-partie de l'halloween. Dans une atmosphère enfumée et au son de Purple Haze, Nastassia s'est endormie pour se réveiller le lendemain avec une note écrite dans la paume de la main par le géniteur fugitif : " Excuse me while I kiss the sky. With love. Jimi. "

Cet élément déclencheur entraîne le lecteur dans l'univers d'une jeune bohème monoparentale, qui a décidé de mener sa vie comme elle l'entend. Nastassia est à l'image de ces adolescentes en manque de maturité. Elle embrasse l'avenir sans se soucier des dangers qui jonchent tout parcours humain. Revêche à l'autorité, elle entend bien être la seule capitaine à bord. Son enfant naîtra comme il se doit. Il portera le prénom de Jimi en souvenir de la note paternelle, mais surtout en souvenir de Jimi Hendrix, un autre jeune, mort précocement pour avoir forcé le destin.

La jeune femme ne manque pas de générosité. Elle devient pour son fils la mère idéale malgré ses carences. Même s'il est difficile d'enseigner des principes que l'on a combattus pour échapper à la rectitude sociale, elle réussit à créer une relation privilégiée avec Jimi. C'est tellement beau que l'échafaudage de la thèse de la maman parfaite pourrait servir de référence à toutes les mères. Elle réussit là où plusieurs échouent. L'héroïne fait de son fils un être altruiste, prêt à défendre la veuve et l'orphelin. Il est même un soutien pour elle quand la déprime l'envahit. L'absence paternelle ne semble donc pas avoir affecté le développement harmonieux de ce garçon attiré par le théâtre.

Nastassia s'est coupée de tous liens extérieurs pour se consacrer uniquement à l'éducation de son fils. Telle avait été sa décision qu'elle a maintenue jusqu'à sa vie adulte. L'antithèse montre que le dévouement qui va jusqu'à l'oubli de soi ne comble pas nécessairement l'être qui s'isole pour mener à bien une noble tâche. À première vue, elle ne semble pas souffrir de solitude. Des hommes de passage combleront ses besoins affectifs les plus pressants, mais il reste que peu à peu elle se détruit. Même Jimi le remarque. Il lui conseille de sortir un peu pour s'aérer l'esprit. Il l'emmène même en Bretagne alors que sa troupe de théâtre doit s'y produire. Au milieu des jeunes comédiens, elle ne dépare pas. Il reste qu'elle s'est construit un monde fait sur mesure pour les autres. L'histoire, qui s'amorce dans l'allégresse malgré les circonstances de la conception de l'enfant, ne peut connaître un dénouement épanouissant pour la mère. Restreindre son univers conduit finalement à un étouffement fatal.

Bref, cette jeune bohémienne a construit sa vie sur une maldonne destructrice. Germaine Dionne a bien saisi la dynamique qui hante la jeune mère monoparentale. Son récit n'est pas larmoyant. Il creuse plutôt l'univers de l'héroïne à travers une trame très serrée et servie par une écriture maîtrisée.