Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Beauchemin, Jean-François

Le Jour des corneilles.Éd. Les Allusifs, 2004, 153 p.

Garçon en manque d'affection paternelle

Jean-François Beauchemin fait vivre à ses personnages le rêve que plusieurs envient de réaliser. Le père Courge loge avec son garçon, au plus épais de la forêt, dans une cabane de billes érigée par lui. Il a formé de ses mains cette résidence rustique et tous ses accompagnements. Rien n'y manque : depuis l'eau de pluie amassée dans la barrique pour leurs bouillis jusqu'à l'âtre servant à rissoler les cuissots et chauffer leurs membres aux rudes temps des frimas. Il a tout enseigné à son fils sur l'art de vivre en forêt sans appoints de l'ailleurs.

Ce roman tire sa source de la mort des parents du héros, qui périrent dans les flammes quand leur grange survolée par les corneilles s'incendia comme feu de paille. Retenu de les secourir par les villageois alors qu'ils se consumaient au milieu du brasier, il décida de fuir le commerce humain avec sa femme pour s'isoler au cœur d'un territoire vierge de défrichement. Naquit sous peu un fils dont la naissance projeta la mère dans le trépas. Orphelin, il fut éduqué par un homme dont le cœur en berne ne triompha jamais de son deuil. L'obsession de la mort occasionna tellement de tourments au père Courge qu'il perdit l'usage du quartier raisonnable de son cerveau. Cette perte de lucidité en matière humaine l'amena à transférer sa déveine sur les fluettes épaules de son fils pour qu'il expie les fautes commises par le destin. Cette injustice obligea le jeune Courge à envisager quelque soulagement d'autant plus que jamais les yeux de son père ne témoignèrent de l'appréciation pour les actions qu'il avait accomplies en vue d'amadouer l'hostilité du milieu. En fusion avec un père castrateur, il lui fallut entreprendre un détachement dont les conséquences forment l'enjeu de ce roman.

À travers les relations d'un père et de son fils privé d'affection, Jean-François Beauchemin fait revivre un certain Moyen Âge avec son barbarisme et ses croyances aux êtres supranaturels comme Gaëtan Soucy dans La Petite Fille qui aimait trop les allumettes. L'écriture même rend compte de cette époque en reflétant celle des auteurs médiévaux. Le procédé ajoute à l'intérêt de ce roman marqué par l'empathie de l'auteur pour les enfances brisées.