Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Montpetit, Carole

L’Enfant. Éd. Boréal, 2009, 136 p.

Des mères laissées à elles-mêmes

En dépit du titre, le cœur de ces six nouvelles bat au rythme de celui des femmes confrontées à la maternité. Quelles sont les craintes qui les tarabustent tant, si elles ont l’occasion de vivre « la plus belle histoire du monde », selon l’infirmière qui accompagne une parturiente angoissée ?

 

Alice craint de mettre au monde un enfant aveugle comme elle. Suzie doit faire le deuil d’un enfant en plus de subir une séparation. Hélène, qui n’a jamais rencontré l’âme sœur, a recours à une clinique de fertilité pour connaître les joies de l’enfantement. Amélie, une femme sans enfants, voudrait adopter un Indien, qui préfère les gares de son pays à un toit familial. Et la nurse n’a pas la vie facile avec une enfant qui l’envoie paître. La plus déchirante de ces nouvelles est incarnée par une mère amérindienne, dont le fils est condamné aux galères par notre bon gouvernement, ces pensionnats que l’on décrie tant aujourd’hui.

L’auteure analyse les dilemmes maternels sous différents angles. La femme seule, la femme incomprise, la globe-trotter, la gardienne et la veuve se succèdent à la barre de chacune des nouvelles. Toutes se battent pour lutter contre les aléas de la maternité sans qu’un homme vienne les épauler pour assurer l’éducation des enfants.

La concision de l’écriture confère à chacun des récits un achèvement, dont la narration sensible et efficace se jumelle à une facture succincte, amenant avec brio les chutes imprévisibles telles qu’exigées par les normes de la nouvelle. Bref, un parangon du genre !