Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Daigneault, Claude.


L'Enfant qui rêvait d'être un arbre. Éd. Logiques, 1998, 194 p.

Des enfants victimes de leurs parents

Ce roman s'attache à un garçon de cinq ans, retenu à la maison par une mère paranoïaque qui craint les dangers de la rue. Claustré avec un grand-père qui a perdu l'usage de la parole, cet enfant tente de vivre normalement.

Heureusement, son vieux compagnon de jeu n'a pas perdu toutes ses facultés. Malgré son mutisme et son fauteuil roulant, il offre au jeune héros le meilleur de lui-même pour nourrir son imaginaire. C'est par le rêve qu'il l'empêche d'être un mort vivant, celui de devenir l'arbre libre vu d'une fenêtre de la maison. Cette relation très émouvante et teintée d'humour démontre bien que le monde de l'enfance ne distingue pas toujours le rêve de la réalité. Ainsi, on voit comment le héros se crée tout un monde à lui, alimenté également par une sœur qui lui raconte des histoires tirées de livres pour enfants.

Si son besoin d'imaginaire est satisfait, est-ce que ce sera suffisant pour qu'il connaisse un développement harmonieux? C'est le dilemme posé par le roman. On pourrait le croire parce qu'il vit dans une famille sherbrookoise apparemment normale des années 30-40. Mais les façades cachent souvent des drames. La mère, lasse d'être soumise à la morale de l'époque, prive son mari d'une intimité qu'il compensera par des regards dans le pré de la voisine, sinon dans celui de sa propre fille. Le drame qui s'ourdit, c'est celui des relations conjugales qui se désagrègent au détriment des enfants.

Ce roman bien écrit témoigne éloquemment des ravages d'un couple disloqué. Ça aurait été plus complet si l'auteur avait souligné davantage la psychologie des deux parents.