Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Gruda, Joanna.

L'Enfant qui savait parler la langue des chiens.
Éd. Boréal, 2013, 264 p.

Les Enfants de la guerre
Avec son roman, Joanna Gruda traite de la Deuxième Guerre mondiale. Elle a puisé ses informations auprès d'une source particulièrement fiable. Il s'agit de son père, à qui d'ailleurs elle donne la parole par une narration au " je ".

Le jeune Julian Gruda est né en Russie de parents communistes polonais. Très impliqués comme résistants, ils confient leur fils à différents membres de la famille afin de lui éviter les ennuis reliés à la belligérance. Pour assurer sa survie, sa mère fuit finalement avec lui vers la France, où elle déniche un orphelinat tenu par des communistes.

C'est le point de départ d'un tourisme obligé. Sa tournée des différentes régions l'aide à se faufiler entre les mailles d'une guerre rédhibitoire. Il ne faut pas que l'on sache que Julian Gruda, alias Roger Binet, est un petit juif polonais. Heureusement, il apprend vite le français, même trop vite, puisqu'il oublie finalement sa langue maternelle. Sa capacité incroyable d'adaptation lui assure une sécurité relative. Il réussit à tisser des liens d'amitié avec tous et chacun. Ses pairs l'admirent parce qu'il sait se faire obéir des chiens. Même les soldats allemands s'offrent pour lui apprendre à nager et à pêcher.

En somme, ce roman décrit la vie d'un exilé sous l'occupation. Grâce à sa résilience, il s'épargne les dommages collatéraux les plus virulents de la guerre, contrairement à Tanguy de Michel Del Castillo, un Espagnol de son âge condamné aux travaux forcés dans un camp allemand. Le roman de Joanna Gruda est cependant loin de profiter de la toile de fond très étoffée de l'auteur français, natif de Madrid. Et même si, en plus, il est desservi par une plume conventionnelle, il reste que l'auteure, élevée à Trois-Rivières, démontre un don de conteuse exceptionnel.