Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Mihali, Felicia.

L'Enlèvement de Sabina. Éd. XYZ, 2011, 286 p.

Relations hommes-femmes inspirées de la mythologie.

Ce roman, inspiré de l'enlèvement des Sabines de la mythologie romaine, traite en fait des relations entre les hommes et les femmes. Les Comans invitent les Slavins du village voisin pour une soirée festive. La bonne chère est accompagnée de vin qui coule à flot. Les ravisseurs, s'abstenant de trop boire, profitent de la soûlerie générale de leurs hôtes pour ravir les filles slavines afin de les marier aux célibataires comans. On pourrait s'attendre à des représailles aux lendemains des festivités. Eh, bien non !

Bien accueillies dans leur nouvelle communauté, ces jeunes femmes se marient tout en obtenant les mêmes droits que leurs pairs originaires du village. Comme Romulus, le fondateur de Rome, qui assure la sécurité des Sabines enlevées, Onou, le chef du village, voit à la sécurité des Slavines. Le bonheur et la paix caractérisent ce lieu béni du ciel. Les femmes bénéficient même d'une grande liberté. Elles fondent des entreprises, dont les revenus profitent à leurs maris plutôt fainéants. En fait, ce roman est quelque peu féministe. Et quand elles deviennent veuves, Onou se charge de la ramener dans leur village natal. Ce traitement est presque trop b eau pour être vrai. Y a-t-il anguille sous roche ?

L'auteure touche l'universel en cachant les coordonnées géographiques de sa trame. En abrégé, c'est le bilan de l'Histoire occidentale qu'elle a fait. Elle fait revivre les croisades, le moyen âge voire le Québec rural d'avant la Révolution tranquille. L'Europe et l'Amérique sont ciblées par ce roman intemporel. Et les Slavins sont connectés sur les peuples slaves, surtout avec les touloupes (peaux de mouton dont ils se vêtent), les bergeries et les tinettes de fromage.

Ce conte, quelque peu fantastique, dessine le ciel, qui chapeaute nos sociétés modernes à l'instar des novellas de Pan Bouyoucas, dont les assises reposent sur l'île grecque de Leros. L'œuvre s'adresse aux curieux passionnés de culture. Une culture incarnée dans des personnages bien profilés. Mais ils sont tellement nombreux qu'il est difficile de les suivre à la trace. Tout de même, on apprend avec plaisir la manière de tricoter des relations, qui profitent aux femmes aux dépens des hommes. Des relations tragiques, teintées d'un ludisme qui dédramatise l'œuvre pour la rapprocher des contes dans lesquels les méchants loups s'en prennent à d'innocents personnages, tels les trois petits cochons et la grand'mère du petit chaperon rouge.