|
Mistral,
Christian
(Montréal,
1964)
Léon,
Coco
et
Mulligan.
Éd.
du
Boréal,
2007,
144
p.
La
Fraternité
des
submergés

Après
avoir
bourlingué
en
vain
aux
États-Unis
pour
dénicher
le
nid
où
écrire
un
roman,
le
héros
Léon
se
rabat
sur
le
Carré
Saint-Louis.
Comme
dans
En
attendant
Godot,
il
attend
la
symbiose
avec
la
faune
qui
se
rassemble
autour
de
la
fontaine
de
ce
fameux
square
du
centre-ville
de
Montréal
pour
tracer
un
premier
trait.
Peine
perdue
malgré
ce
lieu
propice
à
l'écriture
et
les
appuis
tacites
de
son
vieux
mentor
spirituel,
un
schizophrène
qu'il
emmène
partout
dans
ses
pérégrinations
!
L'écrivain
de
trente
ans
laisse
filer
les
heures
en
observant
les
paumés
du
parc,
tout
en
s'occupant
le
reste
du
temps
du
vieil
homme
qu'il
a
pris
sous
son
aile.
Le
roman
trace
en
fait
le
quotidien
de
ce
couple
dépareillé,
qui
existe
grâce
à
la
grande
bonté
de
Léon.
On
pourrait
croire
qu'il
s'agit
d'un
tandem
d'homosexuels.
Il
n'en
est
rien.
Le
héros
à
l'âme
d'une
sur
Térésa,
qui
manifeste
de
la
commisération
pour
les
perdants
à
la
loterie
de
la
vie,
en
particulier
pour
les
malades
mentaux
comme
Coco,
qui
rappelle
Nelligan
en
récitant
toujours
les
mêmes
vers
d'un
certain
Mulligan.
La
philanthropie
s'accroît
d'année
en
année.
Alain
Ulysse
Tremblay
dans
La
Valse
des
bâtards
et
Stanley
Péan
dans
Autochtones
la
nuit
se
scandalisent
devant
toute
la
détresse
des
loqueteux
qui
hantent
les
endroits
publics.
Le
tableau
un
brin
misérabiliste
qu'ils
ont
peint
est
malheureusement
dessiné
à
gros
traits.
Quant
à
Christian
Mistral,
il
ne
porte
pas
de
jugements
de
valeur
sur
cette
faune.
Il
consacre
un
court
chapitre
à
chaque
spécimen
qui
a
frappé
son
imagination.
Il
lui
fait
faire
trois
petits
tours,
puis
passe
au
suivant.
Ce
roman
fait
ressortir
l'ampleur
de
la
confrérie
de
la
désolation.
C'est
en
quelque
sorte
un
sondage
qui
se
veut
objectif
des
malheurs
d'autrui,
y
compris
de
ceux
de
Coco.
Bref,
le
vieil
homme
est
le
fil
conducteur
de
ce
roman,
qui
se
coupe
tragiquement
au
Carré
Saint-Louis
quand
le
héros
apprend
à
son
comparse
qu'il
s'apprête
à
quitter
Montréal
pour
les
cieux
plus
inspirants
de
l'Oregon
et
de
la
proximité
de
la
mer.
Cette
uvre
annonce
un
naufrage
appréhendé
dans
l'océan
trompeur
de
la
vie,
mais
l'écriture
déphasée,
quoique
châtiée,
ne
nous
convainc
pas
de
la
profondeur
du
gouffre
devant
lequel
se
trouvent
les
protagonistes.
En
recourant
à
une
narration
à
la
troisième
personne,
l'auteur
a
cependant
évité
le
lyrisme
qui
aurait
attiré
notre
pitié
sur
son
duo
marqué
non
pas
par
l'amitié
mais
par
leur
appartenance
à
la
fraternité
des
êtres
incapables
d'emprunter
la
voie
de
l'émergence.
Sur
ce
genre
de
relations
entre
un
trentenaire
et
un
vieux,
Michel
Vézina
s'est
montré
beaucoup
plus
percutant
avec
Asphalte
et
Vodka.
|