Paul-André Proulx

Littérature Québecoises




Croft, Esther.

Le Reste du temps. Éd. XYZ, 2007, 104 p.

Face à la mort

Esther Croft est très sensible au sort qui attend l'humanité souffrante. Avec ce recueil de nouvelles, elle se penche sur ceux qui plongent malgré eux " en chute libre " dans " l'océan trompeur ", dont les miroitements laissent croire aux destins les plus prometteurs.

 

Les possibles se buttent toujours aux portes de la vulnérabilité. Dans cette œuvre, les héros s'assument en transcendant leurs sentiments d'impuissance devant la maladie et la mort. Avec la force du désespoir, ils accrochent leur détresse à l'espérance d'un autre mode de vie possible. Dans le film La Neuvaine de Bernard Émond, l'héroïne médecin trouve son salut dans son utilité à sauver encore d'autres vies. Dans Dawson Kid de Simon Girard, la strip-teaseuse ne s'en laisse pas imposer par le spectre du meurtrier cinglé en se consacrant dorénavant à la boxe. Les nouvelles font ressortir ainsi la dynamique qui soutient les protagonistes devant l'écran noir de la fatalité et de leur finitude.

Esther Croft joint aussi sa thématique à tout ce qui contient l'existence entre parenthèses. Pas de révolte flamboyante, juste une lueur qui empêche l'obscurité d'imposer sa loi. Dans un monde marqué par le silence divin, les personnages n'ont d'autre choix que de s'articuler un monologue rédempteur, comme ces parents au chevet de leur fils mourant, ou cette vieille dame retirée avec son mari au Lac Noir pour confier au courant son dernier souffle. La douceur de l'écriture imprègne ce recueil afin que les fins dernières ne distraient pas du devoir premier de se créer une symbolique de l'infini, comme le recommande vivement Élise Turcotte dans Comment faire une maison pour ses morts.