Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Laberge, Aimée.

Les Amants de Mort-Bois.
Éd. Québec Amérique, 2007, 183 p.

Jeunes du Témiscouata

Le village fictif de Saint-Alphonse de Mort-Bois, situé près de Rivière-du-Loup, encadre ce roman sur les jeunes du Témiscouata. Les héroïnes de 16 et 18 ans sont laissées à elles-mêmes à la suite du départ énigmatique de leur mère. Elles se débrouillent pour que la vie continue tant bien que mal alors que leur père médecin vit la plupart du temps chez son amante.

 

Rose, l'aînée, pourvoie aux carences paternelles même si, pour sauver les apparences, il grogne des désapprobations sans portées significatives. Évidemment, les deux sœurs se tournent goulûment vers les garçons pour combler leurs manques affectifs. Qui s'y frotte, s'y pique. Le roman emprunte son dénouement à cette maxime. L'histoire s'amorce au moment d'une kermesse, qui se terminera par le couronnement de la reine de la région. Les inhibitions tombent rapidement sous l'effet de l'alcool qui coule à flot pour célébrer cet événement. Les jeunes s'amusent ferme sans trop se soucier des conséquences de leurs actes. Ils paieront cher la facture de leur insouciance, voire du prix de leur vie.

Ce roman est assez juste de la vie de ceux qui empruntent des sentiers sans balises. L'auteure a organisé leur destin tragique autour d'amours compensatoires qui sonneront l'heure des désillusions. Que ce soit au Témiscouata ou ailleurs, quand les repères disparaissent sous la neige, comme le laisse entendre le dénouement métaphorique, les jeunes courent à leur perte.

Enrobant son roman dans une nature austère, Aimée Laberge a très bien exploité ce milieu montagneux et les rigueurs de l'hiver qui le caractérisent. Personnages et nature forment un duo qui se répond en écho, comme dans Les Carnets de Douglas de Christine Eddie. C'est beau, mais ce n'est pas une œuvre achevée. Le vent du mélodrame siffle en cours de lecture, sans compter les éléments psychologiques insuffisants pour cerner l'agir des acteurs de ce drame.