Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Delvaux, Martine.

Les Cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage.
Éd. Héliotrope, 2012, 170 p.

La Peine d'amour

Rome serait une ville romantique. Mieux que Cupidon, la Ville lumière embraserait les cœurs qu'enserreraient les bras du Vatican formés par La Place Saint-Pierre. Ce lieu béni est propice au miracle de l'amour. Une Québécoise peut en témoigner lorsqu'un coup de foudre l'atteint de plein fouet en croisant un Tchèque. Quelle nuit torride devant la lune qui surplombe la cathédrale de la chrétienté ! L'amour se conjugue avec toujours jusqu'au prochain carrefour.

L'héroïne s'apprête ainsi à revivre l'histoire de Rome. Si Cléopâtre a conquis le cœur d'Antoine, il faut savoir qu'Auguste a conquis l'Égypte. L'avenir des tourtereaux s'annonce belliqueux. La déclaration de guerre est sournoise. On s'accuse mutuellement de vouloir envahir le cœur de l'autre, on s'accuse de ne pas respecter les ententes tacites, on s'accuse de tout et de rien. C'est toujours la faute d'autrui.

Après avoir mis tout son cœur dans cette aventure pour qu'elle perdure, l'héroïne réalise qu'elle a été trahie. Tu quoque amici mi ! Son Brutus l'assassine en retournant en Tchéquie. Comme certains Européens, il considère qu'au-delà de l'Atlantique ne vivent que des demeurés. À la suprématie de la race, il faut ajouter la suprématie de la culture. La discussion est impossible quand un pays a produit un Kafka. Quand un amant porte sur ses épaules un passé glorieux et le printemps de Prague, comme Teresa dans L'Insoutenable Légèreté de l'être de Milan Kundera, comment peut-il s'amouracher de Maria Chapdelaine ?

Cette dernière a cru que l'amour d'une nuit serait l'amour de sa vie. Si les astres étaient favorablement alignés lors de son passage à Rome, elle doit y retourner pour faire le deuil d'un cascadeur de cœur. Dépaver sa voie romaine pour oublier l'enthousiasme qu'elle a mis à la construire. Et se reconstruire en décochant auparavant sa dernière flèche, ce livre fielleux écrit à son attention.

Comme dans Folle de Nelly Arcan qui a décortiqué elle aussi son échec amoureux, on y trouve la même souffrance et le même lyrisme pour la canaliser. Le sujet prête flanc à la redondance, mais Martine Delvaux bien traduit les tenants et les aboutissants de la peine d'amour.