Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Barcelo, François

Le Seul Défaut de la neige. Éd. XYZ, 2010, 142 p.

Une tempête de neige mortelle

Yannick est l’unique déneigeur d’une municipalité sise le long de la route 132. Orphelin de 22 ans, il ne demande pas grand-chose à la vie, sauf d’être aimé de sa mère adoptive, voire de lui rendre son affection en partageant son lit en l’absence de son mari. Ce n’est pas un dégénéré. Il aime éperdument cette « tante », qui a hérité de son éducation à la mort en couche de sa mère.

À l’approche éminente d’une tempête de neige, la dite tante le tient occupé. Surprise au lit par son mari avec le distributeur de publi-sacs, il lui a fallu passer de l’amour à la mort. Double meurtre, dont elle confie à Yannick la nécessité d’éliminer les gênantes preuves. Le comment ne pose pas d’embûches. Facile ! Il jette les cadavres dans la benne de son déneigeur afin d’aller les enterrer dans un terrain vague de la municipalité. Ni vu ni connu ! Son aide le rapprochera ainsi de l’objet de sa convoitise.

C’est ce qu’il croit. Mais les macchabées s’accumulent à un rythme fou comme dans Cadavres. En route, sa générosité est mise à rude épreuve. Dans la benne, il enfourne les corps d’un cycliste téméraire et de l’ivrogne qui l’a tué au volant d’une voiture qu’il conduisait sans permis. Les inhumations s’annoncent plus longues que prévues. Aura-t-il le temps de s’acquitter de ses basses œuvres avant la tempête, d’autant plus qu’il doit s’assurer que personne ne voie la teneur de sa cargaison du haut d’un édifice ou d’un viaduc ?

Contrairement à ses autres romans, l’auteur ne dirige pas son cynisme contre un phénomène social en particulier. La trame vise uniquement le divertissement du lecteur en s’attachant à des cadavres qu’il faut inhumer. D’aucuns jugeront que la mort exige le respect, mais la morale de l’histoire veut qu’il faille plutôt en rire que d’en pleurer.