Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Diamond, Lynn.

Leslie Mueller ou le principe d’incertitude. Éd. Triptyque, 2011, 202 p.

De l’utopie

En 1981, Leslie Muller, la narratrice, est engagée au Nicaragua dans un travail de coopération avec d’autres jeunes, qui, comme elle, brûlent de « changer le monde de toute urgence ». Au nom de la gauche, ils vivent « au cœur d’idée, non pas dans le monde, mais dans l’idée du monde. » C’est touchant de voir ces globetrotteurs québécois défendre une utopie devant sauver le peuple d’un bourreau, rapidement remplacé par un autre.

Après le rêve, on se retrouve « gros Jean comme devant ». Lynn Diamond analyse ce qu’il advient des utopistes, comme l’a fait Louis Hamelin dans Le Joueur de flûte. À 50 ans, Leslie Muller ne sait pas encore sur quoi se brancher pour mener une vie satisfaisante. Les amitiés, l’amour et la mort hantent sa pensée sans parvenir à se nicher dans un créneau réconfortant. La religion, pas mieux que l’utopie, ne garantit la paix de l’esprit. Le sous-titre du roman le laisse entendre. Le principe d’incertitude de Heisenberg s’applique à la mécanique quantique. L’auteure l’étend aux humains selon lequel le déterminisme ne régit pas l’existence. Il faut donc apprendre à « vivre de toute urgence » pour échapper à la vie d’automate.

Le roman s’apparente quelque peu à la didactique. Pour amenuiser l’effet négatif de son magister, l’auteure invite ses personnages en cure de revitalisation à des repas, qui suscitent des échanges selon la dialectique de Platon. Leur conversation recoupe en fait les préoccupations des Québécois fuyant le support sectaire des religions.