Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


5. Les Noces de sable.


Éd. Boréal, 2011, 222 p.
Un village gaspésien

Vers 1835, Richard Thomas quitte Saint-Hélier, la capitale de l'île de Jersey pour s'établir au Québec, plus précisément dans la région de la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie. Il y devient un commerçant redoutable qui achète à un vil prix les morues des pêcheurs tout en leur vendant à prix fort ce dont ils ont besoin tel que des denrées, des vêtements et des agrès de pêche. Le Jersiais détient le monopole de la vente au détail. Rapidement son entreprise évolue sous le signe de la prospérité. Et comme l'argent mène le monde et que la population sait qui en est le détenteur, la hargne et la colère grognent dans les chaumières. C'est toujours le même qui empoche.


Quand Catherine vient rendre visite à son père au cours d'un été, elle s'éprend d'un maître de grave (celui qui dirige ceux qui nettoient, salent et empilent la morue). L'amour vainc le froid sibérien de la région pour que naisse un amour fécond qui produit un rejeton répondant au prénom de Victor. Malheureusement, les rancunes longtemps retenues se déploient sur la jeune femme, pourtant rebelle à sa famille, qui, de surcroît, a marié un homme tout aussi rebelle qu'elle. Mais elle doit expier les vilenies paternelles.

Rachel Leclerc a le don de tresser très serré les liens entre ses personnages. Le portrait est presque exhaustif tellement elle fouille comme un devin les entrailles de ses victimes. Et les haruspices ne sont jamais heureux sous sa plume d'un réalisme cruel. Sans pitié se révèle, à travers de nombreux narrateurs, la sauvagerie de la population, qui se fait l'écho d'une nature capricieuse, prête à tout détruire lors des grandes marées.

L'auteure nous dévoile un milieu maritime qui ne s'accorde pas de trêve. La poésie englobe ce combat dans un univers où la mer, le froid et les humains ne se font pas de quartier. C'est un beau roman qui a valu à son auteure le prix Henri-Queffélec en 1995.