Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Marquis, André.

Les Noces de feu. Éd. Triptyque, 2008, 117 p.

Incendie suspect

Une adolescente périt dans l’incendie d’un centre équestre appartenant à son père, un notable qui tient les guides de presque toute l’activité économique de sa municipalité. Un potentat qu’on laisse agir à sa guise parce que la population dépend des emplois reliés aux entreprises qu’il a mises sur pied.

 

L’enquête afférente est menée par l’inspecteur Théoret, un policier d’expérience qui soupçonne quelque magouille à l’origine de la tragédie. Pour échapper à ses rets, il faudra jouer de ruse pour que l’on croie que cet incident découle d’un malheureux hasard, comme le souhaiterait le propriétaire. Hypothèse à laquelle adhère facilement le journaliste mandaté sur les lieux du sinistre. Sans se creuser les méninges, il pousse son photographe à mettre sur pellicule des scènes à sensation susceptibles de mousser la vente de sa feuille de chou.

C’est un roman à deux volets qui alternent. Le premier s’attache au travail de l’enquêteur, à qui on met des bâtons dans les roues, y compris son supérieur immédiat. Le second, assez brumeux, tente d’éclairer la personnalité du suspect, un employé de l’écurie. Qui est-il vraiment ? Hospitalisé arbitrairement, il se raconte à une supposée infirmière, empressée de stimuler une mémoire défaillante, qui confère au roman une allure fantasmagorique. Ce canevas soutient une intrigue prometteuse devant conduire à un face à face intéressant avec Théoret pour que soient révélés les motifs de l’incendiaire. Malheureusement, la route suivie est entrecoupée de voies secondaires qui détournent inutilement le lecteur du dénouement attendu.

Au profit de l’unité romanesque, l’auteur devra apprendre à dompter son imagination. L’écriture ne sauve pas cette œuvre d’adolescent. Elle est tellement lisse qu’elle ne s’impose pas à l’attention du lecteur, en plus d’être évasive en combinant mal la facture policière et psychologique. Bref, ce roman hésitant entre les genres n’est pas assez personnel. Ça sent l’application d’une formule que l’auteur espérait gagnante. Ce sera pour la prochaine fois.