Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Paventi, Eza

Les Souliers de Mandela.

L'Afrique du Sud
Éd. Québec Amérique, 2013, 424 p.

Eza Paventi est une journaliste montréalaise qui a séjourné en Afrique du Sud. Son roman met le focus sur les problèmes sociaux dont ne se préoccupent aucunement les médias, plus intéressés à attendre la mort de Mandela pour l'annoncer en primeur au monde entier. Que les noirs les plus pauvres n'aient pas accès aux études, que l'électricité soit coupée dans les townships, que la pauvreté frappe la majorité de la population noire, autant de situations qui ébranlent peu les journalistes occidentaux, qui se regroupent dans les grands complexes hôteliers pour profiter de l'avantage de la minorité bien nantie.


Les Souliers de Mandela, c'est l'histoire de Flora Fontaine, qui a quitté Montréal après un échec amoureux. La fuite comme panacée aux maux de l'âme. L'élément déclencheur du roman n'a rien d'innovateur. Mais le combat que mènent les femmes africaines transforme le voyage de l'héroïne en connaissance de soi. Sa découverte de l'Afrique du Sud par les plus humbles ouvre un horizon sur l'essentiel. La vengeance n'engendre rien. La force du peuple vient de leur volonté de pardonner comme leur a enseigné leur leader Nelson Mandela, qui, même s'il fut prisonnier pendant 27 ans, a compris que le vivre ensemble transcende les rancœurs si l'on veut se donner un État fort. Un État fort rendu possible si le racisme est combattu sur tous les fronts. Dans l'esprit de Mandela, le leader politique, et de Desmond Tuttu, le leader religieux, il ne s'agissait pas de se fusionner mais d'exister chacun avec ses couleurs tout en formant un tout comme l'arc-en-ciel. Former une Rainbow Nation, comme le prônaient ces leaders.

L'auteure tente de démontrer comment s'articule péniblement cet objectif à Johannesburg ou à Soweto. Devant la résilience de la population, Flora apprend ce que devrait être sa ligne de conduite. Voyage formateur si l'en est un. On est loin de la vie des grands hôtels. Au contraire, Flora dira " je deviens plus humaine à travers d'autres êtres humains. Et je chante, les combats, les histoires d'amour, la peur, la compassion, le courage qui décline ou celui qui renaît. Je chante les rêves de tout le monde, en même temps que tout le monde. "

C'est un roman pour ceux qui veulent connaître vraiment l'Afrique du Sud. Une Afrique du Sud qui enseigne que c'est ensemble que l'on gagne. Un roman qui n'est pas sans failles, mais qui sait se tenir loin du regard des journalistes de Paris Match et compagnie.