Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Marcotte, Véronique.

Les Revolvers sont des choses qui arrivent.
Éd. XYZ, 2005, 124 p.

Un amour fusionnel tragique

Quand il s'agit des relations entre une mère et sa fille, les romanciers nous présentent plutôt des affrontements qui se terminent dans un ailleurs libérateur. Véronique Marcotte a choisi un tout autre angle : son héroïne de 18 ans vit un amour filial fusionnel. Arrielle ne peut concevoir sa vie sans un attachement maternel, qui s'avère si maladif qu'elle commet l'irréparable. Elle tue sa mère pour un motif qui relève d'un esprit aliéné.

L'histoire repose sur un fait divers rapporté par les médias. C'est l'élément déclencheur dont s'est servi l'auteure pour pénétrer l'imaginaire d'une jeune femme névrosée. Elle évite de transformer son roman en cours 101 sur les maladies mentales en laissant la parole à son héroïne, qui, dans le huis clos de son internement, s'applique à démêler l'écheveau de sa courte vie. Pourquoi ce matricide? La raison invoquée ne peut convaincre un esprit lucide. Il faut chercher la cause de ce geste meurtrier dans les profondeurs abyssales de l'inconscient.

L'auteure a manifesté beaucoup de retenue pour décrire cette âme affligée qui semble, selon les minces indices dont on dispose, se refuser le droit au saphisme. Si l'on se fie au passage charnel entre elle et la détenue qui partage sa cellule, la question se pose à savoir si la mort de la mère n'est pas reliée à un mécanisme de censure qui interdirait un amour inconvenant entre une fille et sa génitrice. Quand l'amour devient impossible ou inacceptable, on observe régulièrement des drames passionnels qui se résolvent dans le sang. L'auteure décrit à son insu le cheminement d'une personne en quête de son orientation sexuelle. Le dénouement de son intrigue ne dissipe en rien la nébulosité de la réelle identité d'Arrielle. Ce roman pèche par manque de complétude en endiguant les mots qui expliqueraient comment les revolvers en sont venus à faire partie de la vie de l'héroïne. Il reste que c'est intéressant et écrit sans défaillances grammaticales.