Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Bouyoucas, Pan.

Le Tatouage. Éd. XYZ, 2012, 199 p.

Courir après des chimères

Il y a quelque temps, le tatouage était l'apanage des voyous pour communiquer leur ras-le-bol au monde entier. Ce métalangage s'est affadi quand les vedettes s'en sont accaparé comme bijou enraciné à même le corps. On peut discuter longuement du bien fondé de cette vogue. Serait-ce un raccourci pour attirer l'attention sur des valeurs dans le monde anonyme des sociétés occidentales ? Peu importe, Pan Bouyoucas s'y est intéressé pour signaler notre attachement à des chimères.

Pour s'y faire, il a choisi comme protagoniste une jeune femme d'origine grecque, qui, encouragée par ses amies, se fait tatouer une rose sous le nombril. La page couverture, plutôt suggestive, couvre un propos tout autre. Il s'agit en fait de l'histoire de Zoé, née de parents très conservateurs. Exhiber un tatouage, c'est presque contester leur autorité. Tel n'est pas le cas. Elle succombe bien inconsciemment à la mode du jour. Mal lui en prend. Voilà que sa rose pousse comme si elle est naturelle, au point que son corps devient un rosier bien vivant.

Comment se débarrassera-t-elle de cette plante indésirable ? C'est le dilemme sur lequel repose le roman. Le tatoueur, décédé inopinément, ne peut venir en aide à la jeune femme. Heureusement un cousin mafieux connaît une clinique qui pourrait extirper cette mauvaise herbe quand elle pousse sur un corps. Mais avec la mafia, il faut toujours se méfier. Zoé l'apprend à ses dépens. C'est la fuite obligée pour échapper à la mort. Une fuite à travers les États-Unis, où elle rencontre des charlatans prêts à l'aider afin de s'enrichir à ses dépens, voire même d'en faire la vierge d'un monde nouveau qui apporterait le salut avec son rosier. Ce point de vue réconforte la jeune femme dans son malheur. Elle croit même être capable de mettre fin à la guerre civile en Côte-d'Ivoire, où elle se retrouve après avoir été enlevée par un homme fuyant avec elle sur un bateau qui a fait naufrage. Pan Bouyoucas n'est pas l'Harpagon de la péripétie.

Le roman s'apparente à une longue nouvelle par sa fin inattendue. Une novella que l'on peut classer parmi les contes pour son invraisemblance. Et tout conte véhicule un message, en l'occurrence celui qui cible nos chimères. Bref, le tatouage est un choix judicieux pour symboliser les courses effrénées au bonheur frelaté.