Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Gagnon, Marie-Noëlle.

L’Hiver retrouvé. Éd. Triptyque, 2009, 160 p.

Vivre en hiver

C’est un défi de taille que de s’attaquer à la quête du paradis perdu sans tomber dans le piège des considérations éculées. Marie-Noëlle Gagnon y est arrivée en lançant un héros anonyme dans un univers fictif, presque dépourvu de repères géographiques.

Pour fuir la laideur du monde, le protagoniste atteint l’île de Sili, où règne un perpétuel été ayant causé le retrait de la mer. Ce havre de bonheur s’est ainsi effondré au profit d’un désert. Le héros, comme un messie, s’engage à faire revenir la mer pour que les insulaires puissent jouir de nouveau de leur environnement pélagique. Comme la mission s’avère impossible, il s’attire plutôt leur mépris. Venu dans l’île pour se réconcilier avec la vie, il retrouve sa case départ. « Nous ne faisons que marcher, toujours pour aller nulle part. » Si ce n’était de l’attachement de Cerise à sa personne, il aurait fui depuis longtemps. Mais comme sa quête de bonheur passe bien avant l’engagement envers autrui, il quitte pour une autre île, habitée par une unique ogresse, qui a dépecé tous les habitants et rangé leur chair dans un congélateur. Ce second volet, qui s’éternise en redondances, ne laisse rien présager de bon pour le pèlerin en quête du jardin d’éden.

Structuré autour des saisons, cet excellent roman allégorique tourne le dos aux vains espoirs. L’été de la vie, si jamais il existait, conduit vers l’hiver, sans promettre d’éventuelles pâques. Comme Henri Laborit, Marie-Noëlle Gagnon fait « l’éloge de la fuite » pour déjouer les mauvais haruspices, qui obligent l’humanité de prendre « l’hiver de force » pour survivre à l’instar des personnages de Réjean Ducharme.