Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Duchesne, Christiane.

L'Homme des silences. Éd. du Boréal, 1999, 125 p.

Le Rôle du père

Un couple se noie en mer peu de temps après la naissance de leur fille. C'est la tante Pauline qui hérite de l'éducation de sa nièce. Ensemble elles forment une paire conviviale agrémentée par la présence d'un chien. Peu de temps plus tard s'ajoute à la nouvelle cellule un homme de 24 ans, venu d'une institution, où il résidait à cause de ce qui semble être de l'autisme.

Ce canevas sert à l'auteure pour faire ressortir l'importance du père. Ce roman est en somme l'illustration du problème oedipien. Quand les liens ne sont pas noués avec l'auteur de la vie, il semble impossible d'accéder à l'épanouissement. Pascale Roze avait abordé la même dynamique dans Le Chasseur zéro. Même la mort du père ne peut mettre fin au tissage des rapports filiaux, qui servent de base à tout développement harmonieux. À la manière d'un conte, l'auteure tente de le démontrer. Elle en étend même l'importance à ceux qui gravitent autour des descendants. C'est ainsi que Michel, l'autiste de 24 ans, connaîtra une rémission de son mal, qui en avait fait l'homme des silences.

Comme le genre le veut, le dénouement se doit d'être heureux. Et quelle plus grande joie les héros sont-ils en droit d'attendre si ce n'est celle de l'amour? On est bien loin des tragédies de Sophocle sur le même sujet. C'est une onde vivifiante qui traverse le roman, et c'est d'autant plus agréable à lire qu'elle est générée par une écriture poétique.