Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Beausoleil, Jean-Marc.

M. Électrique. Éd. Triptyque. 2012, 189 p.

La Bande dessinée

Quarante ans, dix livres en trop et quatre cheveux blancs. Quand on est en couple avec une avocate très jeune qui priorise sa carrière, le quadragénaire peut s'attendre à être écarté de l'amour, surtout si on a opté pour l'infécondité. Avec quelques boites, Samuel Bridault se retrouve dans un appartement où une chatte perdrait ses chatons.

Renouer avec le célibat n'est pas aisé. Heureusement, le protagoniste redécouvre un talent qui va assurer sa rédemption et son ascension aux nues de la BD. Professeur de français langue seconde au Shakespeare College, la pire école secondaire pour immigrants de Montréal, il s'inspire d'un camarade de classe, Richard Saint-Laurent, pour s'adonner à la bande dessinée. L'élément déclencheur de son premier album tourne autour d'un monteur de ligne d'Hydro Québec, qui, lors de la tempête de verglas de 1998, est victime d'un choc électrique. Échappant aux séquelles, il est curieusement investi d'un don aussi puissant que le courant qui l'a transpercé. Ainsi est né M. Électrique. En peu de temps, l'album connaît un succès électrisant à travers le monde. Ubisoft profite de cette popularité pour créer un jeu vidéo à partir de la célèbre bande. L'humble professeur n'a plus à craindre pour son avenir pécuniaire.

La trame offre l'occasion à l'auteur de débattre de l'importance des héros dans la culture. L'Antiquité s'est créé une mythologie pour affronter les vicissitudes de la vie. Des milliers de siècles plus tard, la société s'offre encore des protecteurs en se dotant de héros qui veillent sur elle. Batman et Spiderman accourent à la moindre alerte. Dorénavant, ils devront partager leur tâche avec M. Électrique. Ces supermen semblent aussi essentiels que l'air que nous respirons.

Par voie de conséquence, l'auteur de l'album est invité dans des univers huppés, où il se mouille en fréquentant un bordel déguisé en bar de luxe mettant des prostituées en vedette comme strip-teaseuses. Son nouveau statut concourt à sa perte quand il y rencontre l'une d'elles, qui se trouve être une de ses élèves. Un inconvénient ne se présente jamais seul. On la retrouve assassinée le long de la route.

On comprend alors que Jean-Marc Beausoleil vient de nous refiler un polar. En fait, son roman est la déposition du héros faite aux policiers. On le soupçonne du meurtre de la trimardeuse, qui a immigré pour s'offrir un meilleur avenir. Comment va-t-il se sortir de ce mauvais pas ?

L'auteur innove avec une œuvre intéressante. Comme fiction, le sujet du super héros n'a pas été traité au Québec à ma connaissance. Les bémols s'accrochent aux digressions, qui se veulent trop didactiques dans le cadre d'une fiction, sans compter les îlots narratifs secondaires comme ce souper à Québec avec la secrétaire de son ami. Il reste que, comme loisir de lecture, ce roman de gare est tout indiqué.