Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Jobin, François

Mensonges et autres tromperies. Éd. Courte Échelle, 2013, 134 p.

Le Mensonge assure le bonheur

Le mensonge édulcore la vie pour la rendre plus ou moins acceptable. Les secrets jalousement cachés permettent de se donner une virginité pour figurer moins honteusement au sein de son entourage. En fait, le mensonge relève de l'art du maquillage pour s'approcher d'un idéal que la faiblesse humaine rend inaccessible.

" Calomnions, calomnions. Il en restera toujours quelque chose ", a écrit Beaumarchais et non Voltaire comme on se plaît à la dire. Cette phrase se retrouve dans la bouche de Basile, un personnage du Barbier de Séville. Avec son recueil de nouvelles, François Jobin teste la véracité du célèbre adage. Il en arrive à la conclusion que la tromperie ne paie pas nécessairement. Il faut du courage, dit-il, pour dire la vérité et trop de vigilance pour se rappeler de ses " menteries ".

Pourtant on est plus heureux quand le stratagème du mensonge fonctionne. Se cacher la vérité devant une mort imminente camoufle notre propre angoisse de la fin, voler des livres ajoute des heures aux plaisirs de la lecture, déclarer un vol de voiture quand on a perdu son permis de conduire sauve l'honneur du conducteur ivre. En somme, la conduite mensongère assure le bonheur de vivre. Du moins, c'est ce que croient les Pinocchios de ce monde.

Cette atmosphère fallacieuse n'est pas sans rappeler Les Gens fidèles ne font pas les nouvelles de Nadine Bismuth. Un autre bon recueil de nouvelles qui se penchent sur les écorchures qui affligent la droiture. Celui de François Jobin lui emboite le pas en se moulant avec vraisemblance aux situations tirées du quotidien. Le recueil a été peaufiné avec soin. Hormis les deux premières nouvelles, c'est une œuvre divertissante écrite en toute simplicité.