Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Bélanger, David .

Métastases.
Éd. Instant même, 2014, 231 p.

La Vie est un cancer

Peut-on accoler l'étiquette du polar à ce roman farfelu ? Comme roman policier, il défie toutes les normes du genre quoiqu'en apparence, l'auteur de 25 ans présente un duo classique d'enquêteurs, composé de Norman Petitroux, un vieux loup expérimenté, et de Guy Descars, un jeune loup désireux de se construire une réputation enviable. Ils sont mandatés pour résoudre le meurtre d'une jolie femme brûlée dans son appartement après s'être accordé une intense séance d'intimité.

Qui a tué Éva Burns ? Avant de mettre la main au collet du meurtrier, il coulera beaucoup d'eau sous les ponts si jamais on y parvient. Ce n'est pas la résolution du crime qui importe dans ce roman. En fait, ce sont des variations sur un thème policier. L'orientation sexuelle des enquêteurs est plus importante que l'enquête de même que le cancer, qui frappe trois policiers intéressés par ce meurtre. Il faut croire que les méthodes mises de l'avant pour parvenir au coupable seraient perverties par leur maladie. En effet, l'enquête piétine au point d'inquiéter le chef de la brigade qui exige sur-le-champ que l'on relève des pistes moins embroussaillées pour atteindre l'objectif visé.

Pendant que les enquêteurs se perdent en conjectures, le lecteur s'initie à l'art d'écrire un polar. Le narrateur lui explique tous les dilemmes qui s'imposent à un auteur, telle la voie que peut suivre un roman. C'est un guide qui cherche un lectorat qui doit se méfier de ses connaissances. Il s'amuse plutôt à le méduser en l'entraînant sur des fausses pistes. Au lieu de trouver un coupable, les lecteurs se heurteront à la maladie, à la mort et au mal de vivre.

Cette variation inusitée du roman policier en décoiffera plus d'un. Le projet littéraire de David Bélanger était hautement intéressant. Mais sa réalisation présente plus d'une faiblesse. Son polar reflète plutôt l'esprit de " l'adolescenterie ", sans compter l'écriture malhabile qui applique une syntaxe pour le moins particulière. L'auteur fait l'économie de la préposition et marque ses dialogues par des syntagmes écorchés. C'est ennuyeux à lire. Il faut être un maître quand on veut méduser ses lecteurs et on ne peut les retenir avec un humour estudiantin. Bref, c'est une œuvre qui manque de maturité. Avec l'âge, l'auteur écrira certes des œuvres de qualité, car on sent un don pour l'art de la plume.