Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Fortaich, Alain

Momento Mori.
Éd. Trois, 2000, 205p. . Éd. VLB, 2007, 190 p.

Une Tsigane en mal de vivre.

Selon Daniel-Rops, la mort ne triomphe pas de la vie. Dans ce roman, l’héroïne tsigane poursuit un deuil pénible qui la conduira à la folie. Elle se sent abandonnée comme le Christ au Golgatha quand la grande faucheuse la prive de sa fille à la naissance. Son « lama sabacthani » n’est pas entendu. Elle tente de remonter la pente en fréquentant de nombreux hommes. Elle a même un autre enfant, mais on lui « a ravi la vie » à tout jamais. Le cœur de l’héroïne bat, mais c’est une âme morte qu’elle traîne sur les routes de la Roumanie.

En s’interdisant le droit de survivre, elle forge elle-même les clous de la croix qu’elle portera jusqu’aux eaux glacées du lac, qui cueillera son dernier souffle. Cette attitude, qui détruit les liens familiaux, cause le départ de son second mari pour l’Amérique. Coupée aussi de la grande famille des gitans à laquelle elle appartient, elle se retrouve seule alors que son peuple lutte toujours contre les rejets, qui ont même conduit plusieurs des siens dans les camps de la mort où ils ont partagé le sort des juifs, comme l’a illustré Mario Bolduc dans Tsiganes.

Dans une langue poétique, nourrie souvent de calembours faciles, l’auteur rappelle le destin d’une femme désespérée. La mort a détruit l’amour qui assure à la vie de suivre son cours. C’est la conséquence désastreuse qui guette la famille et, par son entremise, la société tout entière quand a disparu le bastion d’où l’on peut combattre la mort.