Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Pilote, Brigitte.

Motel Lorraine . Éd. Stanké, 2013, 243 p.

LVivre à Memphis

Martin Luther King a été assassiné en 1968 devant la chambre 306 du Motel Lorraine. Depuis, jamais le propriétaire n'a pu la louer jusqu'à ce que Sonia, une voyante de Montréal d'origine irlandaise, s'emmène à Memphis en 1977 avec ses deux filles. Peu lui importe qu'un drame s'y soit produit. Il lui faut fuir afin d'échapper à la Justice, qui l'accuse d'avoir volé un enfant sous les yeux de sa mère biologique.

Diabétique et déprimée, Sonia a choisi à son insu une ville culte, où le leader noir était venu pour partager son rêve. L'auteure en soupèse l'importante autant pour les Memphisiens blancs que pour les Afro-américains, qui ont contribué à la richesse de la ville comme esclaves dans les champs de coton. Memphis n'a pas encore exorcisé cet honteux passé parce que, chaque année, un carnaval le rappelle. Mais on se montre résilients à Memphis parce que l'on croit fermement que le rêve du Dr King n'est pas mort avec lui. Il a créé une vague sur laquelle tous souhaitent surfer, y compris les blancs. On lèche encore les plaies de la ségrégation raciale, mais la révolution entreprise par Martin Luther King a soulevé l'espoir de tous les porteurs de colliers étrangleurs.

La trame tourne autour de cet événement, auquel les belles adolescentes espèrent participer comme duchesses au moment du défilé annuel. Elles comptent sur tous les événements pour investir dans leur avenir. Au-delà du Carnaval de coton, celles qui jouissent d'une belle voix misent aussi sur le concert negro spiritual organisé par la Brown Chapel Baptist pour célébrer avec pompes le jour de la Pentecôte. Louisiane, la plus âgée des filles de Sonia, voudrait bien participer à toutes ces fêtes. Son protégé Lonzie, un repris de Justice converti à de meilleurs sentiments, a d'autres visées pour elle. Sa rédemption est passée par la photographie. C'est donc au métier de mannequin auquel il songe pour Lou.

Brigitte Pilote vient d'écrire un roman plein d'aplomb. Qu'elle ait réussi à tramer une histoire originale autour de Martin Luther King prouve qu'elle a un véritable talent romanesque. Avec une structure solide et une écriture assurée, elle a décrit une Amérique qui panse toujours ses plaies que d'aucuns tentent de rentabiliser en transformant un lieu dramatique en foire touristique. Bref, c'est un beau roman que l'épilogue gâche quelque peu en empruntant la voie d'un résumé vite expédié.