Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Cyr, Mario.

Mourir.

Éd. La Paix, 2015,127 p.
Un sexagénaire homosexuel

"Tout le monde veut aller au ciel, oui, mais personne ne veut mourir ", chante Petula Clark. Pas si sûr que la maxime s'avère dans tous les cas. Quand l'entourage se dissipe peu à peu, on se lasse d'être devenu un habitué des salons funéraires.


Ayant eu 60 ans en 2015, l'auteur porte un regard lucide et serein sur ce qui l'attend d'autant plus que les jours charrient son lot de petites misères qui forment le sujet d'étude de la gérontologie. La société tourne le dos au phénomène. C'est l'éternelle jeunesse qui habite l'esprit alors que la maladie d'Alzheimer et autres formes de dégénérescence se multiplient à un rythme alarmant. Mario Cyr en profite donc avant qu'il ne soit trop tard pour dresser un genre de bilan de sa vie ou plutôt de ses relations avec autrui.

L'auteur fut un homme aimant. C'est un homosexuel qui a mené une vie loin du cadre de la perversion. C'est dans la dignité qu'il a aimé des partenaires consentants. Leur disparition l'ébranle. Il se souvient d'eux avec tendresse. Il raconte dans ce mince roman (127 p) un moment de leur rencontre. Pour chacun, il dresse en deux ou trois pages un portrait de ce qu'ils représentaient pour lui. Ce sont des hommes qu'il a aimés. Aujourd'hui, un certain Valentin accompagne ses jours. C'est un jeune qui sait trouver les mots de réconfort quand le cafard se montre le bout du nez.

En toute franchise et avec l'expérience d'un auteur qui a écrit toute sa vie, Mario Cyr met en exergue ses désirs, celui surtout de devenir professeur, et ses amitiés anciennes. Cette confession d'un homme encore bien vivant et son approche de la mort sont loin d'être déprimants.

L'auteur aborde le sujet avec détachement. Écrit d'une plume experte, son roman, aux allures de nouvelles, raconte des tranches de vie bien remplie. Et ce n'est pas fini, j'imagine.