Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Biz.

Naufrage . Éd. Léméac, 2016, 132 p.

Enfant oublié dans une auto

Le rappeur Biz (Sébastien Fréchette) aborde dans ce roman une problématique qui déclenche les réactions négatives des badauds. Quand un événement apparemment condamnable se produit, on inonde les réseaux sociaux de jugements assassins. Le héros est un fonctionnaire furieux contre sa nouvelle affectation aux archives. Du bureau des statistiques, il passe au rangement des affaires classées dont personne n'a rien à cirer. Sa condamnation à l'inaction le révolte au point d'oublier son enfant dans l'auto en pleine canicule alors qu'il devait le conduire à la garderie.


L'auteur convie le lecteur à juger la conduite de ce fonctionnaire, dont la négligence est forcément criminelle puisqu'elle a entraîné le mort d'un bébé. Le cas est patent car il est consigné dans les annales judiciaires. En fait, le roman introduit les notions de culpabilité et de responsabilité à l'égard d'une action involontaire. Aujourd'hui, le grand public exige des tribunaux qu'ils soient intransigeants envers tous les fautifs. On veut la tête du coupable peu importe les circonstances. Le héros, Frédérick Limoges, doit affronter la situation tout en étant confronté à ses remords, à sa peine, à son deuil et surtout à l'amour de sa femme. C'est lourd sur les épaules d'un seul homme qui se sent rejeté de tous. Heureusement restent des amitiés indéfectibles pour jeter un peu de baume sur la plaie.

Il n'est pas facile de créer un personnage auquel on devrait s'attacher en dépit du fait qu'il ait commis un acte répréhensible. La première partie du roman fournit les éléments susceptibles d'aider les jurés que forme le lectorat pour nuancer son jugement. Il fait face à un personnage déboussolé par une tâche qui le discrédite à ses yeux et qui l'obnubile. Perdu dans ses pensées vengeresses, il en vient à oublier ses obligations familiales même s'il est un bon père de famille.

Appelé à porter un jugement, le lecteur dispose d'éléments intangibles pour octroyer son pardon à un homme quand même responsable d'une mort. Comment ce père s'en sortira-t-il alors qu'il est traqué de toute part à travers les médias à scandales ? Il reste la vodka et la fuite à Cuba, où il espère récupérer un amour qui lui file entre les doigts. La déficience de ces moyens est reconnue.

Le quatrième roman de Biz est crédible. Il est porté par une écriture qui s'est peaufinée à travers le rap. La phrase se limite à l'essentiel pour que le message ne se perde pas dans les méandres de la métaphore. C'est direct, fort et voire touchant. Tout est contenu en peu de mots. Le roman ne fait que 132 pages. Mais l'auteur est un amant de la langue et de la culture. Les clins d'œil à la mythologie et à la littérature portent secours à un Prométhée cloué au pilori du rejet professionnel, social et amoureux.