Paul-André Proulx

Littérature Québecoises
Désy, Jean.

Nepalium tremens. Éd. XYZ, 2011, 254 p. ISBN 9782892616439

Quête de sens au Népal

La maladie tourne le regard vers le sens de l'existence. C'est ce qui survient lorsque le héros entreprend un voyage au Népal. " Découvrir ailleurs ce qui manque chez soi. " Il veut gravir l'Everest parce qu'il aspire à se connaître.

Son trek est de courte durée. Une dysenterie provoquant des crises d'épilepsie récurrentes l'oblige à abandonner son projet d'autant plus qu'il s'est fracturé un poignet.

Ce Tartarin bourlingueur est alors transporté d'urgence à Katmandou, dans une camionnette déglinguée sur des routes cahoteuses. C'est davantage un chaos dans sa vie. Un incident qui le pousse à démêler l'essentiel de l'accessoire dans les enjeux existentiels.

Sa première interrogation porte sur le sourire gratuit de son entourage. Pourquoi les Occidentaux comblés n'arrivent pas à soulever les commissures des lèvres ? L'argent ne fait pas le bonheur. Le dicton s'avère en ce pays asiate. La pauvreté définit l'existence népalaise, coincée de surcroît entre les révolutionnaires maoïstes et les traditionalistes au pouvoir. C'est sur une toile politique que le héros examine les sentiers à emprunter à la lumière du comportement des personnages. Des êtres pacifistes que rien n'altère, tel le moine bouddhiste Absam, un congénère du frère Tuck dans Robin des bois. L'adversité ne leur interdit pas de respirer le bonheur même s'ils sont conscients des problèmes nationaux au point d'envisager de se laisser subjuguer par le Coca-cola de l'Amérique. L'étalage monétaire du héros, qui se paie les meilleurs soigneurs pour recouvrer la santé, pousse son guide Shiva à vouloir immigrer au Canada. Pourtant le rêve américain est plutôt un cauchemar si l'on se fie au cynisme de la population.

Comme son parangon Saint-Exupéry, il cherche le paradis perdu au-delà de la politique et des cultures. Il trouve impératif de tracer les sillons, qui retournent le terreau de la paternité et de l'amour qu'éclairent ses délires épileptiques auxquels le titre fait allusion. Il met le focus sur les autres avec qui il faut composer une fratrie serrée. Dans cette optique d'harmonie, l'enfer n'est plus les autres, mais soi-même.

Plutôt séraphique, le propos se concrétise dans la joie de se retrouver, le père et ses deux fils, dans la nature sauvage de la Côte-Nord. Le roman est un cri d'amour empreint de lyrisme. Un cri répercuté du Népal pour inviter tous et chacun à la solidarité. Un cri aux échos insistants, qui soutient plus ou moins le suspense accroché à la maladie d'un homme perdu au bout du monde, que l'on doit rapatrier au Canada dans des conditions pénibles.