Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Beaulieu, Alain


Nulle part en Amérique.
Éd. Druide, 2012, 215 p.

Immigrer aux États-Unis

L'Amérique est un continent et pourtant ce mot le réduit aux États-Unis. Dans les esprits, c'est un pays de rêve que l'on se plaît à accuser de tous les maux de l'humanité. Il réunit tout ce qu'il y a de bon et de mauvais de par sa diversité culturelle. Mais depuis le 11 septembre 2001, les immigrants sont souvent refoulés aux frontières. Ça n'empêche pas les Latinos d'affluer au pays de l'oncle Sam.

Alain Beaulieu a suivi cette convergence à travers Lonie, une Béliztèque, et son fils Ludo. Cette dernière est venue aux États-Unis sur l'invitation de sa sœur Laura, qui lui avait promis le paradis grâce à une âme généreuse. La magnanimité est souvent une qualité au service d'intérêt personnel. Que de femmes ont succombé au piège du charmeur de serpent ! Sa flûte retentit pour attirer les naïves, confinées en peu de temps à la tâche de combler des clients pressés au guichet de la libido.

Heureusement, Nick, le chef de police de la ville où s'est pointée Lonie, a coupé l'herbe sous le pied du proxénète. Pour se pardonner sa lâcheté envers un trafic illicite, il prit Lonie sous son égide en la confiant à sa sœur Maureen, mariée à Bill, un prédicateur riche, raciste et libidineux. Le mal ne venait que de changer d'adresse. La parole de Dieu s'incarne aussi à travers des prévaricateurs. Maureen profita de l'arrivée de Lonie pour fuir son mari. Les deux femmes connurent d'heureux moments jusqu'à la disparition de Ludo.

Ce premier volet du récit se distingue entièrement du deuxième. Ce dernier rompt avec la linéarité pour consacrer les chapitres à certains protagonistes. On découvre leur amont et l'aval attendu. Cette césure brise un rythme bien amorcé. L'auteur laisse croire qu'il s'attaquera aux problèmes de l'immigration des sans-papier. En fait, il raconte ce que chacun est devenu 16 ans après la disparition de Ludo. C'est en lien avec la première partie, mais la facture du roman souffre de ce virage à 360°.

On croirait lire deux romans différents. Même le ton diffère. Du narrateur neutre, on passe aux personnages angoissés, qui se racontent à l'instar des romans de gare destinés aux femmes. L'œuvre pourrait facilement être publiée un chapitre à la fois dans des revues comme Elles ou Châtelaine. En fait, c'est un roman qui n'a pas trouvé sa voie, d'autant plus que le récit flirte avec le polar. Il se dégage quand même une ligne directrice. Les États-Unis ne seraient que des miroirs aux alouettes.