Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Eddie, Christine.

Parapluies. Éd. Alto, 2011, 192 p.

Vivre au féminin


Ce roman est un hymne à la femme. Une Marseillaise qui rappelle que « tous ces tigres qui, sans pitié, déchirent leurs seins » ont un seul nom. C’est la panne. Panne de l’épouse mal aimée d’un professeur originaire de l’Italie, panne de d’une amante potentielle trop enrobée; panne de la femme boudée par la maternité, panne d’une fillette sans filiation paternelle; panne d’une autre atteinte d’un cancer; panne de la mère monoparentale; panne de la mamma déracinée de l’Italie. Femmes, somme toute, nourries d’un « sublime orgueil », un orgueil mercenaire engagé pour une guerre à finir contre l’adversité.

Et c’est ensemble, comme le trio multiple des mousquetaires, que ces filles de la patrie triomphent par un soir diluvien, qui inonde la ville sise près d’un fleuve irrespectueux du rivage. Une Montérégie enfin asservie, comme le dit le titre, par leurs parapluies réunis. La solidarité leur a acquis la sérénité pour faire fi d’un mari disparu au profit d’une enfant, qui se croyait la fille de Barak Obama. Une mamma qui se trouve une famille au sein de cet univers sans assises. Enfin, chacune, en ce soir d’anniversaire, s’est sentie conférer une mission, qui oriente son avenir. Une fin heureuse à l’instar de tout hymne national.

Dans le sillage du roman populaire réussi, ce dernier tient la route grâce à une écriture, qui dédramatise la thématique par son caractère joyeux. Le ton emprunté fuit la victimisation. Ce sont des battantes projetées vers l’aval. Cependant la facture détonne. À prime abord, il semble s’agir de nouvelles alimentées par des personnages, qui font part de leurs ambitions éconduites par les aléas de la vie. Et le fil conducteur en serait le professeur, qui se joue des sentiments féminins. De fil en aiguille, l’auteure éclaire le sentier suivi. Avec astuce, elle fait comprendre qu’elle profile des portraits de femmes, dont les liens nébuleux les rapprochent d’une seule réalité : les embûches de vivre au féminin.