Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Caron, Louis.

Pour l'amour de Mathilde. Éd. L'Archipel, 2017, 349 p.

Une Québécoise dans la Résistance en 1939-1945

Avec ce roman, Louis Caron retrace l'époque de la Deuxième Guerre mondiale autant que ses répercussions au Québec. Henri, un peintre français de passage dans une exploitation forestière de la Mauricie, s'éprend de Mathilde, l'infirmière au service des bûcherons. Hélas, quand l'Allemagne envahit la France, Henri retourne dans son pays. Tôt, il participe à la résistance en assurant le transport d'enfants juifs vers l'Espagne. Mais le hasard veut que Mathilde devienne un agent secret, dont la mission lui fait croiser la route d'Henri. Le dénouement, on le devine, rapproche les tourtereaux à tout jamais.


L'auteur évoque, dans un premier volet, les chantiers de la Mauricie campés dans une forêt dont la beauté est à couper le souffle. L'abbé Albert Tessier, un prêtre que l'on connaît, s'est employé à faire connaître la région. Comme personnage de fiction, Louis Caron lui confie la même mission auprès d'Henri qu'il accompagne chez Félix Métivier, un chef d'entreprise qui exploite la forêt mauricienne. Leur rencontre révèle bien le contexte économique et politique du Québec, qui s'est donné Maurice Duplessis comme Premier ministre en 1936, sans compter que le roman fait ressortir les différences culturelles entre les Québécois et les Français.

Le second volet, le meilleur à mon avis, décrit la participation du peintre comme résistant dans le sud de la France où il habite. Son amante de Pau l'embrigade pour que la population, désarmée, puisse au moins épuiser la force morale des soldats allemands en faisant sauter des rails de chemin de fer par exemple. Cette tactique n'est pas sans semer la méfiance et des tensions entre les Français qui collaborent avec l'ennemi et les maquisards. On paie facilement de sa vie un simple soupçon.

Le suspense bien mené compose la principale qualité de l'œuvre. Le travail de Mathilde dans un camp de bûcherons et sa formation comme agent secret en Ontario ainsi que la fuite des enfants juifs en Espagne donnent de bonnes assises à l'œuvre sur lesquels Louis Caron dresse le profil psychologique de ses personnages. Mais le volet amoureux qui plane sur les deux autres se rapproche dangereusement de ceux de la collection Harlequin.

On pourrait classer l'œuvre dans la catégorie des romans d'époque, mais elle transcende le genre en ne se limitant pas seulement aux mœurs et aux anecdotes familiales. Elle déborde ce cadre pour en faire ressortir un pan de l'Histoire, tel que l'exploitation forestière et la résistance du peuple français lors de la Deuxième Guerre mondiale. Ça forme un tout très homogène d'une lecture agréable d'autant plus que Louis Caron est un bon conteur qui sait à merveille trancher son œuvre en épisodes pouvant s'apparenter à des nouvelles. Les Français ne seront pas dépaysés par la langue. L'auteur a écrit son roman particulièrement pour eux. Il va même jusqu'à expliquer les québécismes, voire les moeurs distinctives. Bref, c'est un roman intéressant destiné au plus large lectorat possible.