Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Senécal, Patrick.

Patrick. Quinze minutes. Éd. VLB, 2013, 178 p.

Les Philistins ont le vent dans les voiles

Les philistins lisent quoique l'on puisse croire le contraire. D'ailleurs, les maisons d'éditions tentent de s'arrimer à ce lectorat avec des collections qui s'ajustent à des goûts littéraires peu relevés. Les éditions Coups de tête sont les champions du genre. VLB leur a emboité le pas avec sa collection Orphéon. Ce que l'on publie ne porte pas le sceau de l'insignifiance, mais la tenue littéraire n'est pas une priorité des éditeurs. Pourvu que ce soit vendeur. Et la violence l'est, ainsi que tout ce qui est trash. Comme dirait savamment ma grand'mère, " c'est des livres bons pour les bécosses ".

N'empêche que j'en lis quelquefois. Et avec plaisir même. C'est le cas pour Quinze minutes de Patrick Senécal. Ce n'est pas une œuvre fracassante, mais assez tout de même pour retenir mon attention sur l'importance souvent débilitante des réseaux sociaux. Avec Toi et Moi, it's complicated de Dominic Bellavance, ce roman mineur examine les dangers de facebook, youtube et cie. Pourquoi emploie-t-on la majuscule pour ce médium ? On n'y recourt pas pour téléphone, télévision, radio… Il faut croire que l'on accorde une importance primordiale à ce moyen de communication relativement récent.

Avec Quinze minutes, l'auteur met le focus sur Johnny Net, un concepteur de clips susceptibles de rendre célèbres instantanément ceux qui souhaitent y parvenir en s'affichant sur youtube. Les résultats sont probants comme le démontre un nain désireux de devenir acteur sans s'accoler d'étiquette handicapante. Pourquoi ne jouerait-il pas les Tarzans ? Grâce à Johnny Net, il parvient à frapper l'imagination de la clientèle des réseaux sociaux. Et c'est un succès immédiat et foudroyant comme ces images qui font le tour de la planète en quelques secondes.

La sauce se gâte quand Johnny Net se voit offrir des milliers de dollars pour tourner lui-même un clip le mettant en vedette. Le défi est de taille car il doit représenter rien d'autre que l'intelligence. Et à l'intelligence, on ne passe pas de petites vites. En fait, ses clips, fort appréciés, incitent la population à décrier tout ce qui est une offense aux facultés intellectuelles. Que de messages commerciaux abordent le public comme s'il n'était composé que de demeurés ! Mais le succès à un revers. L'auteur y voit une menace à la dignité humaine. Son roman est une mise en garde à tous ceux qui veulent être appréciés à n'importe quel prix sans songer aux effets pervers de la rançon de la gloire. Mais comment en vient-on à désirer si ardemment l'amour du public ? À cette question, on a droit à un mutisme complet.

La thématique est intéressante et si peu exploitée. Ce survol sensibilise le lectorat au phénomène des réseaux sociaux, mais on a négligé d'apposer une couche de vernis au roman pour qu'il s'impose comme saveur de l'année 2013. Autrement dit, c'est du fast food littéraire apparenté à un scénario de film.