| Langelier,
Nicolas. Réussir
son hypermodernité... Éd. Boréal, 2010, 232 p.
Les Hipsters de Montréal

Lunettes
noires sur les cheveux, les hipsters, des amateurs de musique underground, sassemblent
dans les petits bars branchés de Montréal pour discuter de la primeur
du jour. Une nouveauté que le tapage médiatique encense pour que
lon se procure cet artefact devant révolutionner la vie hic et nunc.
Limmédiateté, la valeur sûre de la société
techno, qui décrète ex cathedra lobsolescence du produit de
la veille. Plus question denvisager ses vieux jours. Le viagra promet une
jeunesse éternelle aux centenaires que nous deviendrons.
Lauteur
invite donc ses lecteurs à réfléchir sur la société
en peignant un portrait parallèle entre la modernité et la postmodernité.
La première sappuie sur le siècle des Lumières, qui
visait le peuple pour amender son sort avec un savoir que les penseurs transformaient
en science. La seconde encourage le narcissisme des gros egos daujourdhui.
Même les lois sur les droits de la personne défendent lindividualité
aux dépens de la collectivité. La société ne regarde
plus dans la même direction comme le suggérait Saint-Exupéry,
mais dans les yeux pour terroriser ses semblables afin de se doter davantages
à la manière du monde de la construction. En somme, on a développé
un cancer sociétal, une cellule qui se développe au détriment
dautrui. Et, pourtant, la chimiothérapie est efficace quand elle
a atteint, comme lécrivait Henry de Montherlant, « un certain
degré dabsolu par lintensité, la pérennité,
loubli de soi » et lamour de lautre, surtout celui de
sa « FDVV » (la femme de votre vie).
Ce
contenu saffiche curieusement. Au lieu de sarticuler autour du décès
du père du héros, le roman se détourne de son unique élément
romanesque pour se travestir en un long article de sociologie populaire sur les
tendances daujourdhui. Dans le genre, je préfère Nous
avons rendu les vaches folles de Dominic Séguin et Un petit gros au bal
des taciturnes de Jacques Marchand.
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