Paul-André Proulx

Littérature Québécoise



Le Maner, Monique


Roman 41. Éd. Triptyque, 2009, 123 p.

La Vieille du manoir

Est-ce possible que l’âme d’un défunt ait entaché son ancienne résidence d’un sortilège pour la protéger de la profanation que représente toute présence humaine ? L’auteure emmène ses protagonistes dans un lieu correspondant à tous les aspects lugubres d’un manoir hanté. Elle crée ainsi une ambiance d’effroi qu’amplifie une tempête de neige, qui oblige Pierre et Adrien de s’y arrêter.


Devant l’âtre du vivoir, les deux compères devisent à bâtons rompus. Chacun se jauge à l’aulne de leurs différences. Différences très ténues puisque la mortalité leur sert de liens. Leur arrivée au manoir tombe pile puisqu’elle coïncide avec les affres de la mort d’une vieille dame, veillée par sa nièce Cécile, une femme prédisposée à faciliter les rapprochements. Réussira-t-elle à résoudre le différend entre l’optimiste Pierre, exempt de souvenirs, et le pessimiste Adrien, encombré des objets signifiants de son existence, comme l’assiette en faïence bleu et blanc de la couverture. Pourtant peu importe l’ego, la mort rend nu comme un ver ! L’auteure rappelle qu’Alphonse Daudet servait cette vérité dans La Mort du Dauphin. La vie est un long exercice solitaire. L’amour ne serait qu’une supercherie pour imposer la nécessité absolue d’autrui. Selon la culture judéo-chrétienne, Saint-Pierre n’accueille au paradis que l’être dans son unicité.

L’interrelation de ces personnages n’a rien de fortuit. Le huis clos inconfortable, auquel ils sont soumis par les circonstances, favorise leur passage vers un plus être. La moribonde, auteure de 40 romans qui n’ont pas trouvé d’éditeurs, voulait peut-être leur laisser avant de mourir son quarante et unième roman. Tout imprégnée de la magie poétique du conte, c’est une œuvre originale des mieux ciselées.