Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Delvaux, Martine.

Rose amer.
Éd. Héliotrope, 2009, 144 p.

Une fillette trimballée par sa mère

Martine Delvaux renoue avec son roman précédent, C’est quand le bonheur. Avec Rose amer, elle pose la question du lieu où il fleurit. Ce mince roman revisite la dichotomie que déjà Jean de La Fontaine avait abordée avec sa fable sur les rats. Le rustique est la voie du salut. La thématique implique une fillette que la mère veut rendre heureuse en s’installant à Anjou, un village fictif de l’Ontario.

La vie peut prendre des teintes rosées à l’instar d’un coucher de soleil, mais ça ne dure jamais longtemps. La petite héroïne a le rose amer. Elle mène une vie aigre-douce que sa génitrice accentue en la trimballant, après six ans vécus à proximité des champs de fraises et de maïs, vers la banlieue des maisons étalées en rang d’oignons, pour finalement aboutir dans la grande ville. Son passage de l’enfance à l’adolescence se caractérise par les emménagements, qui l’écartèlent entre l’Ontario, New York et Montréal. Ce contexte enrichira-t-il la fillette ? Les yeux grands ouverts, elle observe la parade à côté d’une mère, dont le nouveau conjoint semble irréprochable. Mais le chat lui a mangé la langue.

C’est un roman écrit par une femme pour la femme en devenir. Mais ça n’en fait pas une œuvre féministe pour autant. Tous aspirent au maudit bonheur. Ou au bonheur maudit « puisqu’il ne dure que du matin jusques au soir », comme l’a écrit Pierre de Ronsard. Évaluant l’entourage et les événements, l’héroïne aurait tendance à croire le poète, comme le titre donne à l’entendre. En gros, c’est le parcours des enfants du divorce d’aujourd’hui appelés à se construire un nid sur des bases amovibles. Que deviendront-ils comme adultes ? Ce questionnement prend moins l’allure d’un roman que d’une compilation des faits et gestes du quotidien amer d’une enfant, qui se conscientise au contact des circonstances meublant son existence entre une mère mi-figue, mi-raison et un beau-père effacé.

L’écriture confère un peu de vigueur à ce roman mineur, mais elle s’essouffle au cours des pages. Comme initiation, la thématique est beaucoup mieux servie par Ce fauve le bonheur de Denise Desautels et par La Sœur de Judith de Lise Tremblay.