Paul-André Proulx

Littérature Québecoises
Dionne Claude.

Sainte Flanelle, gagnez pour nous.
Éd. VLB, 2012, 273 p.

Le Hockey comme bouée de sauvetage

Curieuse coïncidence ! Je lisais ce roman alors que Jean Béliveau, le numéro 4 des Canadiens de Montréal, entrait d'urgence à l'hôpital à la suite d'un AVC. Âgé de 80 ans, il hante encore les fans de hockey. C'est le cas de l'auteur, qui a imaginé un garçon fier d'arborer la Sainte Flanelle, le chandail tricolore du club, au dos duquel sa tante a cousu le célèbre numéro de sa vedette.

 

Si Karl Marx a affirmé que " la religion est l'opium du peuple ", on peut en dire autant du sport. Au Québec, c'est le hockey qui a détrôné le Créateur. Friedrich Nietzsche l'avait prédit. Les joueurs professionnels ont pris le relai. Ce sont les nouveaux dieux qui motivent le peuple afin de gagner le match de la vie.

Comme les enfants n'existent que dans la mesure où ils comptent pour leurs parents, ceux qui se sentent rejetés se tournent vers un ersatz. Le sport devient ainsi une psychothérapie pour bâtir l'estime de soi. C'est le profil de Clément Belzile. Le jeune héros s'est tourné vers le hockey pour suppléer aux carences affectives d'une prétendue génitrice et de son institutrice, une religieuse qui a mis sa bouée de sauvetage en péril en lui confisquant sa précieuse collection des cartes des joueurs de hockey. Un malheur ne se pointe jamais seul. Il se retrouve orphelin de père peu de temps plus tard. Dépourvue de fibres maternelles, sa mère le confie à l'orphelinat Saint-Arsène, où les bons religieux sont tout heureux d'accueillir un nouveau corps à explorer.

Le héros n'a pas dit son dernier mot. Il s'est fait un allié parmi les frères de l'institution, où il a appris par hasard qu'il était un enfant adopté. Le coup de massue ne l'a décontenancé qu'un bref instant. Il s'est donné le défi de retrouver sa mère biologique. C'est ce qu'il entreprit devenu professeur là même où il a vécu son adolescence. C'est le suspense qui soutient l'intérêt de ce roman sur les enfants abandonnés.

L'auteur a le mérite d'avoir tissé sa trame avec brio sur une toile sportive. Toute l'histoire du club des Canadiens est revisitée de 1950 à 1970. De Maurice Richard à Guy Lafleur, tous les joueurs viennent faire un tour de patinoire. Ils se rendent même en classe à travers les textes littéraires qu'utilise Clément pour dispenser son enseignement du français.

Ce roman populaire vise un vaste public qui saura l'apprécier autant pour son volet humain que pour son volet sportif. Volet sportif qui se justifie, précise l'auteur, quand on n'a pas guéri de son enfance. Hormis les longueurs et quelques naïvetés, c'est une œuvre agréable écrite d'une plume sûre, mais aucunement singulière. Cependant il s'en dégage un amour communicatif de la langue et de la littérature.