Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Blais, François.

Sam

Éd. L'Instant même, 2014, 191 p.
Le Rock'n roll des grands flancs mous

Comme dans Gros Mots de Réjean Ducharme, on cherche l'auteur d'un manuscrit retrouvé. Tout ce qui touche à l'écriture semble intéresser François Blais. Pour imiter les chroniqueurs du journal Le Devoir, mentionnons qu'il a 40 ans. Né à Grand-Mère, il est aujourd'hui traducteur à Québec.

Ce commérage sied bien à l'auteur. Il a grandi avec l'avènement du gadget électronique. Ça se reflète dans ses romans. Dans ou sur Internet, se demande François Blais, il est à l'affût de tous les sites susceptibles de lui fournir des indices informatifs compatibles à l'échafaudage de ses trames. En plus des connaissances acquises grâce à l'autoroute informatique, il cultive l'anecdote. Lire un roman de François Blais, c'est parcourir un guide touristique ou une carte géographique locale qu'il sait travestir en matériel de fiction. Dans La Nuit des morts-vivants, la ville de Grand-Mère n'a plus de secrets pour le lecteur.

L'auteur aurait dû me consulter pour écrire Sam, son nouveau roman. Je lui aurais peut-être appris que Laure Conan, pseudonyme de Félicité Angers, fut déjà religieuse de la communauté des Sœurs du Précieux-Sang à Saint-Hyacinthe. Et en littérature, elle fut la première auteure féministe du Québec. Cette dernière intéresse particulièrement l'héroïne identifiée par la lettre S*** dans l'oeuvre. Elle habite à Saint-S*** un village de la Mauricie qui est sans nul doute Saint-Sévère, sis à deux longs pas de la ville natale de l'auteur.

Il articule tous ces éléments hétéroclites autour d'un portrait de femme, jumelle de ses personnages précédents, des flancs mous très à l'aise avec leur B.S. Par contre, Sam est entièrement autonome. Elle possède une maison parmi les champs de blés d'Inde et espère même partager l'air des mouches noires du village de Parent comme héritière de son père, propriétaire d'un chalet près du Mont Rador, en rappel de l'ancienne base de l'armée installée au pied de la colline. Anecdote cité pour respecter l'esprit de l'auteur.

L'héroïne ne craint pas la solitude. Elle mène une vie heureuse avec son chien C*** qui l'accompagne dans tous ses déplacements. Ce n'est pas une antisociale en rupture de ban. Elle mord dans la vie à pleines dents même si sa sexualité est aussi active que celle d'une nonne cloîtrée. Comme chez les personnages de Réjean Ducharme, ce besoin est évacué quoiqu'elle ait indiqué dans son manuscrit tous les sites pornographiques existants.

François Blais est passé maître de ce genre de portrait qui rappelle Le Rock ' n ' roll du grand flanc mou de Plume Latraverse.
Y en a qui disent que chus vulgaire que j't'un brillant esprit pervers
Un paranoïaque insolent qui envoie chier l'monde à bout portant
Un asocial un malotrou un rock'n roll de grand flanc mou

Pourtant, il n'en est rien. On aimerait haïr les personnages de François Blais tellement ils semblent indolents. Mais Latraverse fait une mise en garde en chantant : " Je suis pas méchant. " Cet interprète, Ducharme et Blais mènent le même combat, qui est une dénonciation du comportement que tout et chacun essaie d'adopter.

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