Paul-André Proulx


Littérature Québecoises

Labrèche, Marie

Sans rien ni personne. Éd. Boréal, 2007, 434 p.
Une parturiente éventrée

Pourquoi a-t-on charcuté à Montréal, en 1972, la Française Isabelle Bonnefoi lors de son accouchement ? Elle est morte comme la femme éventrée par un prêtre sur l'autel dans le roman Sur le seuil de Patrick Senécal.

En 2007, le dossier est rouvert à la demande de son père agonisant. Un commissaire de l'Hexagone reprend l'enquête avec une collègue de la Sûreté du Québec. Commence alors un périple qui les emmène de Montréal au Bic, en passant par les Îles-Saint-Pierre-et-Miquelon et les Îles-de-la-Madeleine. Même si le lecteur se ballade, comme dans un road novel, en plein cœur de paradis touristiques, il ne lit en fait que la liste toponymique des lieux visités par les enquêteurs. La spatialité est presque indifférente au déroulement de l'intrigue, contrairement aux polars de Jean Lemieux, campés dans l'archipel madelinot. En fait, il s'agit plutôt d'un scénario prolixe, qui fait bavarder les protagonistes en vue de la résolution d'un dilemme criminel. Comme un épisode de fiction réalisé pour la télévision, cette œuvre se limite à leurs conversations. Ils discutent afin de tirer d'éventuelles conclusions de l'interrogatoire des connaissances ayant un lien quelconque avec le présumé assassin de la parturiente, trucidée par ailleurs pour un motif fort peu crédible.

Cette histoire sans originalité est d'un ennui mortel. Pour soutenir l'intérêt, l'auteure a misé sur la pathologie du meurtrier, mais il est identifiable dès le début. Les cent premières pages se lisent tout de même avec un certain plaisir. L'écriture y est alerte, voire humoristique, mais la suite, brodée avec de la broche à foin, est génératrice de lassitude. La plume s'alourdit, et l'humour, basé uniquement sur la distinction des accents et des expressions vernaculaires, n'accroche plus " pantoute " de rictus aux lèvres. Qui ignore que notre langage est différent du ramage de nos cousins ? Le phénix du paysage policier, qui s'abreuve à la source de la culture française, est certes Le Rouge Idéal de Jacques Côté, inspiré des Fleurs du mal de Baudelaire.