Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Dufresne, Annie.

Tatoo, c'est fini! Éd. Les Intouchables, 2006, 141 p.

Du tatouage à la Bible

L'éducation que les enfants reçoivent produit souvent des effets inattendus. " À père avare, dit le proverbe, fils prodigue. " Le premier roman d'Annie Dufresne le démontre éloquemment. Tatoo, l'héroïne de 17 ans, est née dans une famille de tatoueurs. Orpheline de mère, elle a appris dès quatre ans ce métier en s'exerçant sur les fesses de son grand-père.

Cet apprentissage prématuré l'a chavirée au point de renoncer à ce travail à l'adolescence. Elle-même vierge de tout tatouage, Tatoo prend le parti de fuir les modes qui entraverait sa vraie nature. En fait, l'œuvre dénonce les artifices corporels qui nuisent à la santé des adeptes qui recourent à des technologies utilisées sans contrôles médicaux. Si ces pratiques peuvent apaiser l'affect de ceux qui ne s'aiment pas, elles ne sont pas étrangères par contre aux infections pernicieuses dont ils sont parfois victimes. L'héroïne se déniche donc un emploi dans une boutique érotique. La vente de godemichés et de vibrateurs ne répond certes pas à l'idéal qu'elle s'est fixé. Elle l'apprendra à ses dépens quand la stimulation mécanique de la sexualité causera la perte de son amie Marie.

Devant la superficialité reliée à l'apparence du corps, Tatoo chemine rapidement vers le catholicisme obscurantiste du Moyen Âge. Déjà curieuse des questions religieuses, elle glisse vers le délire mystique qui caractérise les sectes suicidaires comme l'Ordre du temple solaire. Comment sauver ce monde composé d'une marginalité croissante? Il apparaît clairement à la jeune femme qu'un nouveau messie doit se manifester.

Le roman navigue entre les tatoués, les corps transpercés de breloques, les métrosexuels (hommes épilés), les drogués, les Jesus Freak, les amateurs de chirurgie esthétique et les masochistes qui se blessent eux-mêmes (jackass). À l'horizon se profile un monde en folie. Avec beaucoup de naïveté, la croisière s'amuse à se démarquer d'une société indifférente aux valeurs.

Le Code Da Vinci trouve son écho dans Tatou, c'est fini. La novella d'Annie Dufresne présente plus sommairement l'ambiance glauque qui entoure le débat manichéen de l'Occident. Même si c'est bien structuré autour d'une intrigue qui connaît un dénouement explosif, le sujet est présenté de façon un peu trop racoleuse, comme c'est souvent le cas pour les œuvres publiées par Les Intouchables, maison d'édition qui cherche le succès en exploitant les émotions fortes. Écrit sans originalité, ce conte urbain, empreint d'éléments fantastiques, stigmatise en somme des modes qui sont en train de franchir le seuil des us et coutumes.