Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Delisle, Michael

Tiroir no 24. Éd. Boréal, 2010, 132 p.

Les Univers numérotés

Quand on atterrit dans un orphelinat, il faut bien accepter l'espace numéroté que l'on se fait allouer pour ranger ses effets personnels. Benoît Murray, le narrateur du roman, s'est vu ainsi attribuer le tiroir no 24. Au moins ça lui crée une identité dans un monde dirigé par des religieuses, qui éduquent les âmes qu'on leur confie avec une autorité incontestable.

Heureusement, le chant vient à sa rescousse. La famille Cyr, propriétaire d'une boulangerie, l'a adopté à cause de sa voix. La bonne odeur du pain le rend plus sensible aux rapports humains incarnés dans un quotidien meublé par la routine, la domination et la sexualité. Son passé honteusement entaché le maintient à distance même s'il sent qu'une réelle communauté l'entoure. Une communauté qui bat au rythme de l'exposition universelle de 1967 et du référendum sur la souveraineté. Malheureusement, la narration au " Je " met le héros en marge de l'univers qu'il veut conquérir tout en assumant son autonomie. L'œuvre bute en fait sur des incidents circonstanciels sans les transcender.

On retrouve l'écriture des œuvres de Michael Delisle., une plume hautement évocatrice des environnements dévastateurs. Mais la sécheresse du ton empêche d'entendre " les sanglots longs des violons de l'automne (qui blessent le) cœur d'une langueur monotone ".