Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Cousture, Arlette.

Tout là-bas. Éd. Libre Expression, 2003, 156 p.

Les Insulaires d'Harrington Harbour

Harrington Harbour est l'unique village sans chemin d'une île perdue entre le Québec et Terre-Neuve. Autrement dit, c'est au diable vauvert. Heureusement, l'auteure nous fait connaître ce coin inconnu, caractérisé par un trottoir de bois qui traverse l'île en 20 minutes de marche. Habitée par des pêcheurs, cette île n'est reliée au continent que l'hiver à cause des glaces.


Dans un premier volet un peu inconsistant, l'auteure présente des villageois qui vivent au coude à coude. C'est un peu embêtant pour eux parce que leur vie privée est l'affaire de tous, mais c'est bien réconfortant dans le malheur, qui frappe tout là-bas comme ailleurs. On s'attache à ces gens qui cachent des blessures incurables et qui vivent dans l'attente continuelle du bonheur.

Ces malheurs font l'objet du second volet. Une femme donne son mari à la mer, une autre regrette de ne pas avoir d'enfant, une autre qui en a trop est victime du destin qui la jette dans une mendicité au bout de laquelle triomphe le spectre de la mort, d'autres cherchent l'amour chez des hommes malhabiles, un adolescent est victime d'un visiteur corrompu. Mais les conditions difficiles de l'insularité poussent les villageois à l'entraide. Leur empathie est manifeste surtout le jour des funérailles d'une jeune maman de sept enfants. C'est le moment fort du roman, assez fort pour arracher une larme aux plus insensibles.

Le dernier volet m'apparaît très faible. L'auteure veut offrir une rédemption à chacun de ses membres. Une fête pascale où chacun trouverait son eau de Pâques, qui le guérirait de toutes ses souffrances. Cet happy end me gêne. J'aurais souhaité une évolution des personnages plutôt que de multiples rebondissements arrangés avec " le gars des vues " pour raccommoder les cœurs. Cette générosité n'est pas suffisante pour masquer les défauts du roman. Par contre, l'âme de la population est bien rendue ainsi que les images qui l'illustrent comme celles de l'appontement vers lequel convergent tous les espoirs, et de la grotte qui sert de refuge aux déceptions.

Ce roman ne fera pas pâlir Les Fous de Bassan d'Anne Hébert sur le même sujet, ni Le Mangeur de pierres de Gilles Tibo, dont le héros ressemble au Luke de Tout là-bas.