Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Shimazaki, Aki.

Tsukushi. Éd. Leméac, 2012, 137 p.

Le Mensonge, mode de vie des Japonais

Cette auteure montréalaise d'origine japonaise trace le portrait du peuple dont elle est issue. Son réquisitoire s'attaque à l'infidélité (Tsubaki), au racisme (Tsubame), aux traditions (Wasurenagusa). Avec Tsukushi, Aki Shimazaki aborde la sexualité des hommes. En somme, ses romans analysent tout ce qui réduit ou tout ce qui ternit l'image d'un peuple, dont le conformisme cache autant de comportements répréhensibles qu'en Occident.

L'apparence est la valeur à privilégier, en l'occurrence celle de former un couple au détriment de l'amour. Les rencontres arrangées (miaï) sont d'ailleurs prévues pour répondre à l'obligation tacite de quitter le célibat à l'âge convenu. Qu'advient-il des femmes prises dans cet engrenage ? Au mieux, elles peuvent s'unir à des hommes bien intentionnés et attentionnés. Et au pire, elles peuvent ronger leurs freins. Pour ces dernières, le mensonge devient un code de vie. Mentir à autrui, mais aussi à soi-même. On sacrifie en somme la femme sur l'autel d'une rectitude sociale découlant des principes de la rentabilité. Dans Tsukushi, Takashi Sumida se marie justement avec Yûko Tanase pour ne pas nuire à l'institut bancaire dirigé par son père. Mais quel homme est-il ?

Le secret détruit le couple fatalement quoique quelques-uns aient accepté l'inacceptable comme l'amie d'Yûko qui est mariée à un bisexuel. Mais Yûko sera-t-elle capable de mentir longtemps sur les origines de sa fille, née d'une relation avec un confrère de travail ? Qu'est-ce qui explique les retours tardifs à la maison de son mari ?

Aki Shimazaki a préparé son menu avec soin. Les petits plats précèdent le plat de résistance. Et c'en est tout un. Son écriture, trop clinique cependant, ne fait pas de vagues avant de déferler. Elle enserre les unités narratives en plusieurs îlots qu'elle relie par des ponts qui s'imposent tout naturellement. Travail d'orfèvre exécuté avec une économie de pièces en commençant par le titre Tsukushi. Ce mot correspond à la prêle, plante d'ailleurs que reproduit la page couverture. Les tordus y verront un pénis en érection. Ils auront raison. Même Yûko considère la prêle comme très érotique.