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Bouchard,
Gérard
Uashat.
Éd.
Boréal,
2009,
322
p.
Les
Montagnais
de
Sept-Îles


Les
malheurs
sabattent
sur
les
Montagnais
de
Uashat
comme
les
mouches
sur
le
miel.
Adossée
à
Sept-Îles
en
bordure
du
Saint-Laurent,
la
réserve
est
appelée
à
disparaître.
Pour
se
débarrasser
de
ses
habitants,
on
veut
les
refouler
dans
les
terres
en
les
obligeant
daller
habiter
à
Malioténam,
un
village
quon
a
construit
de
toutes
pièces
afin
de
favoriser
lexpansion
de
Sept-îles,
qui
aspire
à
devenir
la
capitale
de
la
Côte-Nord
à
cause
des
nombreux
investissements
dans
le
domaine
forestier
et
minier.
Leur
déportation
a
reçu
laval
des
autorités
ecclésiastiques,
qui
ont
relevé
le
père
oblat
de
sa
cure
et
refusé
le
cimetière
à
toutes
nouvelles
sépultures.
Bénéficiant
dune
bourse
dune
compagnie
états-unienne,
Florent
Moisan
samène
à
Uashat
en
1954
sur
linstigation
de
son
professeur
de
sociologie
afin
détablir
la
genèse
de
la
population.
La
situation
qui
se
présente
à
lui
ne
favorise
pas
son
travail.
Il
se
retrouve
dans
une
coquille
ballottée
par
le
déracinement.
Le
clan
des
tentes
favorables
à
la
fermeture
de
la
réserve
se
monte
contre
le
clan
des
habitants
des
taudis
qui
croient
encore
à
leur
avenir.
Quand
les
traces
du
passé
sont
effacées
et
que
les
voies
de
lavenir
sont
inexistantes,
comment
le
peuple
peut-il
survivre
sans
se
laisser
assimiler
comme
citoyens
de
seconde
zone
?
Cest
le
triste
drame
sur
lequel
Gérard
Bouchard
se
penche
à
travers
Florent,
son
alter
ego.
Héros
qui
trouve
une
nation
désorganisée
par
la
spoliation
de
son
territoire
de
chasse
et
de
pêche
au
profit
des
investisseurs
éhontés,
encouragés
par
«
lhypocrite
Maurice
Duplessis
»
et
«
la
patte
molle
à
Saint-Laurent
à
Ottawa
»,
tous
les
deux
prêts
à
offrir
des
baux
de
cent
ans
pour
dépouiller
le
Québec
des
richesses
appartenant
aux
autochtones.
Hébergé
par
un
vieillard
de
la
réserve,
Florent
sinitie
à
son
contact
à
la
culture
montagnaise
qui,
jadis,
favorisait
une
vie
nomade
que
lon
appréciait
même
si
cétait
à
ses
risques
et
périls.
Tout
lidéal
de
la
tribu
est
véhiculé
par
son
hôte,
qui
lincarne
à
travers
Piétachu,
un
parangon
plus
grand
que
nature.
Coupée
aujourdhui
de
ses
traditions,
la
population
de
Uashat
se
sent
honteuse
de
navoir
pu
les
transmettre
aux
jeunes,
devenus
désuvrés
faute
dun
chef
de
file
charismatique.
Incapables
de
marcher
dans
la
foulée
de
leurs
ancêtres,
dont
ils
ignorent
même
la
langue,
ils
se
donnent
limpression
de
vivre
en
sadonnant
à
lalcool
et
à
une
sexualité
exacerbée.
Quelle
tristesse
accueille
Florent
à
son
départ
de
Uashat
!
Un
retour
au
bercail
impossible
parce
quen
fait,
ce
bègue
aux
cheveux
roux
est
devenu
un
Montagnais
dans
lâme.
Cest
le
cur
fendu
quil
quitte
la
réserve,
surtout
quand
il
aperçoit
Sara,
lamour
de
sa
vie,
entre
les
bras
de
jeunes
Montagnais,
qui
font
la
lignée
pour
profiter
de
ses
faveurs
sexuelles.
Un
grand
souffle
supporte
ce
roman,
qui
circonscrit
parfaitement
le
drame
shakespearien
auquel
on
a
acculé
les
Montagnais.
Lauteur,
historien
et
sociologue,
a
évité
le
piège
de
lessai
romancé.
Son
oeuvre
en
est
une
démotions
baignant
dans
une
poésie
empreinte
des
silences
dune
toundra
qui
sest
tue
au
profit
des
spoliateurs.
Le
déracinement
sharmonise
aux
sentiments
quil
engendre
à
travers
une
langue
savoureuse,
empruntée
à
la
rusticité
de
notre
parlure.
Langage
perdu
au
profit
du
jargon
sans
âme
de
la
technologie.
Impossible
aujourdhui
pour
cette
première
nation,
devenue
apatride
sur
ses
propres
terres,
de
pousser
des
mashkatas,
des
cris
démerveillement.
Comme
une
chronique
qui
rappelle
Les
Anciens
Canadiens
de
Philippe
Aubert
de
Gaspé
père,
Uashat
se
déroule
au
fil
des
jours
comme
un
journal
qui
confine
autant
ce
qui
se
passe
que
les
mouvements
de
lâme.
Cest
surtout
entre
les
parenthèses
quapparaissent
les
sentiments
du
héros.
Un
héros
jumeau
des
Indiens
de
par
ses
conditions
de
vie.
Né
à
Lévis
dans
une
famille
pauvre
délaissée
par
un
père
irresponsable,
il
a
été
élevé
par
«
une
mère
courage
»,
qui
lui
a
manifesté
son
amour
en
lui
passant
la
main
dans
les
cheveux
une
seule
fois
pendant
une
seule
seconde,
«
seconde
qui
dure
encore
».
Cette
fois,
lauteur
a
su
canaliser
son
agitation
créatrice
à
lintérieur
de
balises
qui
fixent
fermement
le
discours
à
la
thématique,
À
la
manière
de
Kevin
Patterson
dans
La
Lumière
du
Nord,
Gérard
Bouchard
nous
prévient
que
le
soleil
de
minuit
se
meurt.
Bref,
cest
le
meilleur
roman
de
la
trilogie
entamée
par
Mistouk
suivi
de
Pikauba.
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