Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Bouchard, Gérard.

Uashat. Éd. Boréal, 2009, 328 p.

Les Amérindiens de Sept-Îles

Adossée à la ville de Sept-Îles, la réserve d'Uashat est appelée à disparaître. Les autorités municipales ont décrété le départ des habitants pour Malioténan, un village érigé de toutes pièces afin de favoriser l'expansion de Sept-îles, qui aspire à devenir la capitale de la Côte-Nord à cause des nombreux investissements dans le domaine minier. Leur déportation a reçu l'aval de l'évêque, qui a relevé le père oblat de sa cure et refusé le cimetière à toutes nouvelles sépultures.


Bénéficiant d'une bourse, Florent Moisan s'amène à Uashat en 1954 à l'invitation de son professeur de sociologie afin d'y effectuer un travail de généalogie. La situation déchirante qui se présente à lui ne favorise pas la sérénité voulue pour atteindre l'objectif visé. Ceux qui habitent sous la tente sont favorables à la fermeture de la réserve tandis que ceux, qui ont l'immense privilège de vivre dans une masure, croient encore à leur avenir dans leur village.

Comme les traces du passé s'effacent et que les voies de l'avenir aboutissent à des culs-de-sac, le peuple montagnais est condamné à devenir des citoyens de seconde zone. Le héros, Florent Moisan, assiste, impuissant, à ce triste drame d'Amérindiens désorganisés par la spoliation de leur territoire de survie au profit d'investisseurs véreux, bénis par " l'hypocrite Maurice Duplessis ", premier ministre de l'époque, qui autorisa des baux de cent ans, encore en vigueur, pour les dépouiller de leurs ressources.

Hébergé par un vieillard de la réserve, Florent s'initie à son contact à la culture montagnaise, une culture riche en enseignements. Coupée aujourd'hui de ses traditions, la population d'Uashat se sent honteuse de n'avoir pu transmettre leurs valeurs aux jeunes portés au désœuvrement faute d'un chef de file charismatique. Incapables de marcher dans la foulée de leurs ancêtres, dont ils ignorent même la langue, ils se donnent l'impression de vivre en s'adonnant à l'alcool et à une sexualité exacerbée.

Un grand souffle supporte ce roman, qui circonscrit parfaitement le drame shakespearien auquel on a acculé les Montagnais. L'auteur, un universitaire, a évité le piège de l'essai romancé. Son œuvre en est une d'émotions baignant dans une poésie empreinte des silences d'une toundra qui s'est tue au profit des spoliateurs. D'une plume savoureuse, empruntée à la rusticité de notre parlure, le roman trace le tableau de l'une des premières nations, devenue apatride sur ses propres terres. Bref, à la manière de La Lumière du Nord de Kevin Patterson, l'œuvre nous prévient que se meurt le soleil de minuit.